Depuis 1979, le Parlement européen est élu au suffrage universel par les citoyens des États membres. Il est élu proportionnellement et il est interdit aux parlementaires élus d’effectuer en même temps un mandat européen et un mandat national. L’Europe est divisée en autant de groupes que les États membres et chacun d’eux élit un nombre proportionnel de parlementaires. Il y aura un nombre de parlementaires élus propor­tionnellement à la taille de la population du pays. Les pays les plus représentés sont donc l’Allemagne avec 96 parlementaires, la France 74 et l’Italie 73 ; en revanche, les moins représentés, car étant plus petits, sont Chypre, Malte, l’Estonie et le Luxem­bourg, avec 6 parlementaires chacun.

Afin d’éviter encore plus la fragmentation qu’impose le système proportionnel, l’Union européenne a fixé un seuil d’élus pour chaque niveau de circonscription, chaque pays étant considéré comme une circonscription. Ainsi le seuil des 5% ne doit pas être dépassé, mais chaque pays peut choisir son propre seuil, à condition de rester sous la barre des 5%. Par exemple, plusieurs États membres appliquent un seuil de 5%, comme c’est le cas en France, en Lituanie, en Pologne, en Slovaquie, en République tchèque, en Roumanie et en Hongrie ; 4% en Autriche ; en Italie et en Suède ; 3% en Grèce et finalement 1,8% à Chypre.

Pour les élections de 2019, les Européens seront appelés à élire 751 nouveaux par­lementaires. Des élections seront convoquées quelques mois avant la fin du mandat du Parlement actuel, de sorte qu’entre juin et juillet 2019, il sera possible d’avoir un nouveau Parlement. Les élections ont lieu pendant la semaine fixée par le Parlement, entre le jeudi matin et le dimanche suivant ; la date et l’heure exactes sont fixées par chaque État membre. Le dépouillement a lieu cependant en même temps dans tous les pays.

Dans la plupart des États membres, les électeurs peuvent donner leur préférence pour modifier l’ordre des candidats sur les listes. Toutefois en Allemagne, Espagne, France, Grèce, Portugal, Royaume-Uni, Estonie, Hongrie et Roumanie, les listes sont fermées (la préférence n’est pas possible). Au Luxembourg, il est possible de voter pour des candidats de différentes listes, tandis qu’en Suède, vous pouvez ajouter des noms à la liste ou les supprimer. À Malte, en Irlande et en Irlande du Nord, l’électeur inscrit la liste des candidats de préférence (bulletin de vote unique transférable).

Groupes politiques et Spitzenkandidaten

Il est probable que la plupart des groupes parlementaires présents durant le mandat 2014-2019 se trouveront également dans le prochain mandat.

Selon les sondages, le Parti Populaire Européen (PPE) de Juncker et Tajani est encore vu comme premier parti d’Europe. Le Parti Socialiste Européen et le groupe Socialistes & Démocrates (S&D) au Parlement ne devraient pas faire de grandes surprises non plus. En revanche, la question qui se pose est de savoir qui sera son leader, mainten­ant que Martin Schultz est revenu à la politique allemande. Le groupe des Verts et le groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE/NGL) essaieront de maintenir les bons résultats des élections passées et éventuellement de les améliorer, bien qu’il sera difficile pour la GUE de remonter dans les sondages maintenant que « l’effet Tsípras » semble être passé.

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Au centre de l’échiquier politique se trouve toujours le parti de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE) ; leur objectif sera d’être la troisième force au Parlement européen. Le groupe de droite des Conservateurs et des Réformistes (CRE)Européens a, durant l’actuelle législature, obtenu l’un de ses meilleurs résultats. Le groupe Europe des Nations et des Libertés semble actuellement être dans un moment qui lui est favorable. Tous les partis nationalistes, eurosceptiques et d’ultra-droite qui y sont rattachés grandissent, et si rien ne change, il y a de quoi s’inquiéter pour les politiques à venir. Pour le reste, le groupe de l’Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe (EFDD) perdra, pour les élections de 2019, son actionnaire majoritaire anglais UKIP et poussera inévitablement le Mouvement 5 étoiles italien à occuper le poste. La question est de savoir si ce groupe existera encore après 2019.

En outre, suite au Brexit, les 73 sièges Royaume-Uni seront réattribués ou voués à dis­paraitre. En plus du problème de la reconstruction de l’EFDD, la redistribution de ces sièges est au centre du débat. Certains parlent de redistribution proportionnelle pour les 27 États membres, d’autres parlent simplement de réduire le nombre de parlemen­taires, mais la proposition la plus innovatrice, remise au goût du jour par le Président français Macron serait que ces 73 sièges soient attribués aux listes transnationales européennes.

De plus, lors des élections du Parlement européen de 2014, une nouvelle procédure pour l’élection du président de la Commission européenne a été introduite : le princ­ipe de Spitzenkandidaten, c’est-à-dire les candidats supranationaux désignés par les partis politiques européens. Les deux principaux objectifs de cette innovation sont la mobilisation de l’électorat et le renforcement du Parlement européen.

La première application du modèle Spitzenkandidaten a établi un nouveau mode de fonctionnement du Parlement qui porte préjudice du Conseil européen. C’est mainte­nant le Parlement qui désigne le candidat à la présidence de la Commission. Ce dern­ier doit être issu du parti qui a remporté le plus de sièges aux élections européennes. Jean-Claude Junker a été le premier Spitzenkandidat à devenir président de la Com­mission, qui sera le prochain ? Peut-être s’agira-t-il d’un autre membre du Parti popu­laire européen ?

Un désintérêt profond pour les élections européennes

Il est intéressant de se pencher sur les taux de participations aux précédentes élections européennes. Le constat est accablant, la participation n’a jamais cessé de décroitre pour atteindre, en 2014, son taux le plus bas. En effet, depuis la première élection européenne en 1979 jusqu’à la dernière en date (2014), “le taux de participation” est passé de 61,99% à 42,61%. Le taux de participation représente un test pour la légit­imité démocratique du Parlement européen.

Cette participation varie sensiblement d’un État membre à l’autre mais la baisse de celle-ci est un phénomène commun à tous les pays de l’UE. Ces chiffres prouvent un désintérêt profond des électeurs vis-à-vis des rouages européens et de leur seule in­stitution démocratiquement élue, le Parlement.

L’augmentation de l’abstentionnisme remet en question la crédibilité même du Parle­ment européen ainsi que sa représentativité

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Les jeunes européens sont particulièrement nombreux à s’abstenir. D’après un sond­age TNS-Sofres, l’abstention des jeunes en France atteignait, en 2009, 70% pour les 18-24 ans, et même 72% pour les 25-34 ans. La méconnaissance des institutions eu­ropéennes provoque de la méfiance chez les citoyens. Ainsi, un sondage Eurobaromè­tre de 2013 montrait que les jeunes qui « n’iraient probablement pas voter en 2014 » pensaient que le Parlement ne s’occupait pas assez des problèmes concernant la jeunesse et que leur participation n’y changerait rien.

La situation des élus

A l’approche de ces élections, la question se pose de savoir qui sont ces eurodéputés censés représenter les citoyens du Vieux continent et comment sont-ils considérés par les citoyens de leurs pays d’origine ? En 2014, et à l’instar de beaucoup de pays européens, l’Espagne avait débuté sa campagne électorale très tardivement, en raison du désintérêt total de la population. La fracture entre les citoyens et la classe politique est de plus en plus importante, comme en témoignent les chiffres. En Espagne, comme ailleurs en Europe, on associe Bruxelles aux politiques d’austérité et aux mesures de rigueur qui frappent les pays. Cependant, l’Espagne fait figure d’exception puisque, malgré leur désintérêt pour les élections, les citoyens semblent encore attachés à l’Eu­rope : on ne trouve pas « encore » de mouvement populiste eurosceptique en Espagne. Toutefois, les eurodéputés ne sont pas perçus comme des personnalités politiques de premier rang. C’est également le cas de la France, où les citoyens n’accordent pas vrai­ment de crédit aux eurodéputés. En effet, en France, la rumeur court que les députés européens ne s’intéressent pas tellement aux questions européennes, mais plus au statut que le mandat leur procure, renforçant les critiques faites par les partis euros­ceptiques.

En Roumanie, d’après le journaliste Vasile Damian, être élu député européen, c’est avant tout une promotion financière. En effet, le salaire est sept ou huit fois supérieur à celui d’un député national, et beaucoup de députés se battent pour accéder au poste, parfois par tous les moyens envisageables.

Il est cependant possible de trouver des pays membres dans lesquels les populations ont une bonne considération des députés européens. En Italie, où le vote a longtemps été obligatoire, la participation est plus élevée. Aux yeux des Italiens, l’Europe est vue comme plus moderne et plus civique. Les citoyens allemands ont eux aussi une bonne considération de leurs représentants au Parlement. Même si les élections eu­ropéennes ne passionnent pas les foules, les électeurs allemands considèrent le poste d’eurodéputé comme un poste politique important, et ce à juste titre lorsque l’on sait que les députés allemands occupent généralement des postes clés au Parlement.

Louise Bougot et Tancredi Marini

Pour en savoir plus :

Article de Slate : La France, le pays où les bons eurodéputés sont évincés
Article d’Europe 1 : Et nos voisins, que pensent-ils de leurs eurodéputés ?