Il faut être prudent : s’entendre sur le terme même de populisme, être attentif aux circonstances nationales. Un recul apparent est incontestable mais il peut avoir des causes différentes. Cependant  on ne peut rester insensible à ce qui s’est passé en Suisse, Norvège, Danemark, voire Pologne. Une montée irrésistible des populismes semble exclue dans l’immédiat. Trop tôt pour dire si c’est le début d’un reflux.

 

 

« La notion de “populisme” est floue. En politique, elle est utilisée pour discréditer tel ou tel, de Silvio Berlusconi à Nicolas Sarkozy. À force de voir du populisme partout, on ne peut plus en envisager la substance. Stricto sensu, le populisme part de l’idée selon laquelle le peuple, avec son bon sens naturel, a toujours raison contre les élites, dévoyées. » C’est ce que nous rappelle Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste des extrémistes  et nationalistes en Europe

 

En Suisse l’UDC, en Norvège le Parti du progrès, ou le Parti du peuple danois héritent de cette épithète parce qu’on ne sait pas bien où les situer. Ils appartiennent à la droite classique par leur acceptation du jeu parlementaire et leur absence de racine dans la droite fasciste, mais aussi à l’extrême droite par leur goût de l’appel au peuple ou leur politique d’immigration, xénophobie et racisme ne sont jamais loin.

 

Il est trop tôt pour dire si ces partis reculent : certaines défaites sont liées à des événements, comme la tuerie d’Utoya en Norvège, mais il n’est pas impossible qu’il y ait, derrière, un mouvement de retour à une polarisation droite-gauche. En Suisse et au Danemark, la gauche a progressé. Quant à la droite, elle réussit à mobiliser une bonne partie de l’électorat autour de ses solutions à la crise ce que à l’évidence les populismes n’apportent pas. Mais en même temps des relents de populisme viennent parfois se cacher dans des partis authentiquement de gauche : exemple en France de Melanchon et Montebourg partisans ardents de la démondialisation. L’arrivée sinon au pouvoir du moins à l’exercice des responsabilités peut être l’amorce du déclin : ce fut le cas en Autriche du parti de la liberté de Jörg Haider, le sera-t-il pour l’UDC et Christoph Blocher en Suisse ? Car c’est alors que l’écart apparaît évident entre les discours et les actes. Le cas du Danemark est différent. Le pays avait acquis une réputation peu flatteuse en Europe et l’attitude des partis de droite, prisonniers du Parti du peuple danois, a profondément irrité et le discours profondément européen de la première ministre a été une surprise heureuse : symboliquement son voyage, à peine élue à Bruxelles, pour y rencontrer les responsables des trois institution a été d’un heureux effet d’autant plus marqué qu’il s’est accompagné de déclarations non ambiguës et de décision (mettre fin à cette idée folle de vouloir ériger des contrôles aux frontières, cf. autre article). Le Danemark a pris un virage européen, véritable défi par ces temps de crise. Des discours étonnants ont été tenus par un pays qui depuis le début nous avait habitué à des discours qui dans le meilleur des cas marquaient de la méfiance.

 

En Pologne, le recul net de l’extrême droite que l’on a pu voir aux récentes élections traduit sans doute d’autres sentiments : la lassitude et la résignation face au constat que le parti de la droite extrême ne parviendra jamais au pouvoir.

 

Une évolution certaine mais qui doit être confirmée par les prochains votes (France, Allemagne notamment), évolution suffisante en tout cas pour ne pas s’abandonner à la démoralisation ou au défaitisme.