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Le vice-président américain Joe Biden devant le Parlement européen. A-t-on rattrapé le temps perdu ? Pas encore. Mais l'essentiel était ailleurs...à Madrid!

pdf mise en ligne :10 05 2010

COOPERATION INTERNATIONALE > Lutte contre le terrorisme

Le vice-président américain Joe Biden était l'invité d'honneur du Parlement européen  le jeudi 6 avril. Dans son discours, il a rappelé les liens forts qui unissent l'Europe et les Etats-Unis, signalant que l'administration Obama se tenait à l'écoute des Européens. Il a souligné la valeur que possède le respect de la vie privée aux yeux des Américains tout en appelant un effort conjoint dans la lutte contre le terrorisme. Il a su développer tout son talent de séduction, mais est resté trop évasif sur le renforcement du partenariat entre les Etats-Unis et l'Europe. Trop d'importance donnée à l'accord Swift par rapport au réchauffement climatique, la lutte contre la pauvreté dans le monde ou la crise économique et financière. Un discours qui par sa facture est plus destiné à la commission des libertés publiques, de la justice et des affaires intérieures qu'au Parlement européen lui-même, réuni  pour la circonstance en session plénière.
Indirectement ce discours a été un hommage rendu à l'action du Parlement européen pour la protection de la vie privée, le respect des droits fondamentaux dans la lutte contre le terrorisme. Sur ce plan les Etats-Unis en ont pris acte. Habile dans son exposé la défense de l'accord Swift reste trop insistante et c'est ce seul aspect que les commentateurs de la presse écrite semblent avoir retenu.

Le vice-président américain a souhaité mettre l'accent sur ce qui rassemble Américains et Européens et non sur ce qui les divise. « L'Europe n'est pas tant un lieu qu'un idéal » auquel lui et le Président Obama croient, a-t-il expliqué devant des députés européens attentifs. Il a rappelé les valeurs communes de part et d'autre de l'Atlantique : paix et liberté.
Il a rappelé qu'ensemble, le Parlement européen et le Congrès américain représentent 800 millions de citoyens. Il a salué le Traité de Lisbonne, qui renforce l'Union européenne et le Parlement européen, au motif que les Etats-Unis ont besoin d'alliés solides et efficaces. Il s'est réjoui de l'ouverture d'un bureau de liaison du Parlement européen à Washington dans ces temps où « les Etats-Unis ont besoin de l'Europe et l'Europe des Etats-Unis ».
Les grands problèmes du moment été évoqués de façon un peu superficielle : climat, Iran, Afghanistan : s'attaquer « conjointement » aux nouveaux défis du 21ème siècle est une invitation encore trop sommaire. Joe Biden n'a pas cherché à minimiser les défis du 21ème siècle. Concédant qu'il pourrait y avoir des désaccords des deux côtés de l'Atlantique, il a néanmoins insisté sur la nécessité de s'y attaquer en commun. Les objectifs de Copenhague doivent être poursuivis. En Afghanistan, il faut que l'Europe et les Etats-Unis forment l'armée et la police locales. « Ce ne sera pas facile, ce ne sera pas populaire (…) mais c'est nécessaire pour notre sécurité », a-t-il insisté.

Il s'est également montré inquiet vis-à-vis de l'Iran et de ses programmes d'enrichissement d'uranium. Le risque d'une course à l'armement dans une région déjà instable pourrait menacer la paix mondiale. « Nous nous engageons pour la sécurité de tous nos alliés », a-t-il expliqué, justifiant la présence de missiles défensifs basés en Europe.

Enfin, le vice-président a salué les mesures européennes d'aide à la Grèce et a rappelé que son pays soutenait les Grecs via le Fonds monétaire international.
Citation :Je suis sûr que nous arriverons à [lutter contre le terrorisme] et à garantir le respect de la vie privée dans le même temps. Le respect de la vie privée, un cheval de bataille de l'administration Obama… Joe Biden ne pouvait laisser de  côté le sujet qui fâche et qui a  empoisonné les relations transatlantiques ces derniers temps : l'accord Swift sur le transfert de données bancaires de citoyens européens vers les Etats-Unis à des fins de lutte contre le terrorisme. Sans le nommer, il y a consacré la plus  large part de son allocution. Le respect de la vie privée est inscrit dans le Constitution américaine et a été maintes fois rappelé par la Cour suprême. Joe Biden a affirmé qu'avec Barack Obama, cela faisait partie de leurs priorités. Il a néanmoins souhaité mettre le Parlement européen face à ses responsabilités : « Les nouveaux pouvoirs que le Traité de Lisbonne confère à ce Parlement l'oblige à agir de façon responsable ».


… mais la lutte contre le terrorisme reste la grande priorité.« Tout autant que le respect de la vie privée, la sécurité est un droit inaliénable », a néanmoins expliqué Joe Biden. Il a demandé à ce que les moyens légaux pour lutter contre le terrorisme soient maintenus, faisant référence au transfert de données bancaires stoppé par le Parlement européen. « Nous croyons que le programme de lutte contre le financement du terrorisme (TFTP) est essentiel à notre sécurité ». C'est dans ce cadre que les Etats-Unis souhaitent avoir accès à certaines données bancaires des citoyens européens. « Mais nous comprenons vos inquiétudes. Je suis sûr que nous arriverons à utiliser cet instrument et à garantir le respect de la vie privée dans le même temps. Il faut que nous le fassions le plus vite possible ».

Déployant toutes ses capacités de séduction, celle  d'un parlementaire expérimenté (élu au Sénat à 29 ans, il y est resté 32 ans jusqu'à son élection comme vice-président) a insisté sur la volonté américaine de donner une nouvelle impulsion aux relations euro-américaines : « Le Président Obama et moi à votre écoute » « Le courage, c'est ce qu'il faut pour se lever et parler, mais c'est aussi ce qu'il faut pour s'asseoir et écouter » : En conclusion de son discours, Joe Biden, reprenant les mots de Winston Churchill, a tenu à assurer les députés européens de la volonté du gouvernement Obama d'écouter les Européens. Il a été longuement applaudi par les parlementaires avant de quitter l'hémicycle pour rencontrer les chefs des différents groupes politiques.

Le président Reagan reste le dernier président américain, il y a vingt-cinq ans, à avoir rendu visite au Parlement européen. La visite, aussi sympathique soit-elle, n'a pas constitué un élément fondateur auquel on aurait pu s'attendre : l'Europe attend encore le discours de référence comme celui que Obama a prononcé au Caire à l'égard du monde arabe.
 Mais l'essentiel était ailleurs....à Madrid pour parler de la stabilité financière de la Zone euro qui préoccupait sérieusement les américains comme l'a rapporté le Washington Post, faisant apparaitre le passage au Parlement européen comme un leurre susceptible de détourner l'attention http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/05/08/AR2010050803116.html?wpisrc=nl_headline

Texte intégral du discours http://www.whitehouse.gov/the-press-office/remarks-vice-president-biden-european-parliament
 
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