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Editorial du n° 162 de Nea say; Face aux crises dans ses voisinages, et chez elle, l’Europe entre est et sud.

pdf mise en ligne :08 11 2015 ( NEA say… n° 162 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

Les articles et les colloques se sont multipliés sur le sujet, mais peu (voire pas) se sont interrogés sur le point de savoir où commencer la partition entre est et sud, est-elle réellement entre les membres de l’Union et ceux qui n’en font pas partie ou pas encore ? Une question bouleversante pour les uns, inactuelle tenteront de minimiser d’autres. Et si la partition était géographique ou historique plus qu’elle n’est institutionnelle, l’appartenance à l’Union ?

L’Europe a-t-elle ? doit-elle avoir une politique vis-à-vis de  voisinages,  si différents?

Les éclats de ces derniers temps ont été tels que l’on s’interroge : assistons-nous au retour  de la fracture européenne est-ouest de la guerre froide ? cette fracture est-elle récente ? ce serait oublier celle survenue à l’occasion de la guerre en Irak lancée par George W Bush : déjà la violence des prises de positions  de cette partie de l’Europe avait été telle qu'on a pu la qualifier alors de « pratique de la terre brulée » (Nicole Gnesotto, Libération du 17 février 2003).Incompréhensible pour bien des européens encore dans l’euphorie de la chute du mur de Berlin. C’est clair ne s’appliquait pas à eux ce jugement qu’avait porté  Jacques Delors concernant les nouveaux adhérents portugais  et espagnols : « ils sont épatants, on a l’impression qu’ils sont avec nous depuis toujours ».

Mais la fracture nord-sud n’est-elle pas plus importante ?

L’intégration au modèle ou à la réalité institutionnelle de l’Union ne constitue pas un objectif pour ces pays, à commencer par ceux qui en sont membres, laissant apparaître que l’appartenance à  l’est serait plus importante que l’appartenance à l’Union ! Un second élément de différenciation : la grande instabilité et la grande violence politiques de ces pays. L’alternance politique y est souvent mal vécue.

Que ce désaccord européen traduise des différences majeures de perception entre les pays d’Europe centrale et les autres partenaires de l’Union, c’est une évidence dont est surpris qu’elle ne soit pas plus souvent relevée. Ces différences portent sur la culture politique, sur les représentations et  les perceptions de l’identité européenne, de la place de l’Europe dans le Monde, sur la place de certaines valeurs communes. Les sociétés d’Europe centrale et orientale sont en général plus fermées culturellement et globalement plus homogènes ethniquement parlant, moins tolérantes que la plupart des autres sociétés européennes. Tout cela s’explique par une histoire tragique au XXème siècle qui n’a pas favorisé les qualités qu’on attend de partenaires engagés dans « une Union toujours plus étroite ».Malgré cela on reste surpris par les violences à l’égard des minorités historiquement établies dans ces pays (minorités hongroises, roms , roumaines etc…) minorités qui ne sont pas le fruit d’immigrations récentes. Ces pays n’ont pas de tradition d’immigration récente en raison de la fermeture communiste ou de la faible attractivité de leur marché de l’emploi.

Pour rendre l’analyse encore plus complexe il est utile de faire remarquer que l’euroscepticisme et les attitudes anti-immigrés ne sont pas propres à ces pays même si à l’ouest et au nord leur expression diffère. Cela laisse augurer l’intensité du travail de pédagogie à mener dans leur direction, d’autant plus qu’on reste frappé par l’attitude extrêmement dur, rigide élevée sur les problèmes en discussion : c’est une question de principe, ils sont  non négociables. On reste frappé également par leur sous-estimation d’un engagement européen profond et approfondi par plus de cinquante ans de pratique même si cet engagement  semble refluer au cours de ces dernières années.

La construction européenne en est-elle pour autant menacée. Sans doute pas : les plus grands perdants de cet éventuel « détricotage » de l’Europe seraient ces pays d’Europe centrale et orientale. Ce groupe de pays reste dans sa composition déséquilibré, hétérogène, aux perceptions mutuelles antagonistes, voire plus. Ces groupes ne sont pas le couple franco-allemand ou le Benelux ou même la coopération nordique. La menace n’est pas là, mais dans ce problème persistant, lancinant  de l’identité européenne, de la déprime collective, du manque de confiance en soi face aux défis et menaces et ce problème touche l’ensemble de l’Europe.

Le choc migratoire actuel a exacerbé les tensions sous-jacentes. Essayons de comprendre comme nous y invite Jacques Rupnik grand spécialiste de ces pays. A l’ouest s’est établi, avec des variantes, de longue date un modèle libéral de sociétés multiculturelles, de son côté l’est de l’Europe connaissait des sociétés fermées n’ayant pas connu des migrations en provenance du sud. Or la perception à l’est la plus répandue est celle d’un échec  du modèle culturel, devenu un véritable repoussoir : migrations aujourd’hui, banlieues de l’Islam demain. « Je ne veux pas que Brno devienne Marseille » a dit un ancien ministre slovaque à Jacques Rupnik. A ceux  qui invoquent le droit d’accueil et de solidarité, Viktor Orban répond qu’il agit pour protéger « la civilisation européenne » et la chrétienté et le premier ministre social démocrate slovaque, Fico, d’ajouter : « la Slovaquie n’a aucun devoir. Ce n’est pas elle qui a provoqué le chaos en Libye ».On pourrait lui faire remarquer qu’il avait avec ses voisins encouragé l’intervention américaine en Iraq !

Le choc migratoire auquel est confronté l’Europe révèle aussi que si la convergence est-ouest des économies et des systèmes après la glaciation soviétique (J. Rupnik le monde du 3 septembre) fut spectaculaire depuis vingt ans, « l’évolution des mentalités, du rapport à l’altérité, du modèle de société reste très différente » . Les positions fortes d’Angela Merkel et l’influence de l’Allemagne pourront-elles faire évoluer suffisamment ses voisins ? De plus, et on le voit surtout au Royaume-Uni, les poussées migratoires du sud on un impact sur la libre circulation et l’installation des européens de l’est en Europe occidentale : un amalgame s’opère entre les demandes de restrictions des migrations qu’elles soient intra ou extra communautaires. De quelles menaces parle-t-on à Budapest, Bratislava, Vilnius ou Prague ? par sa politique impuissante et incohérente, l’UE « s’est laissée envahir par les migrants menaçant les pays européens d’un conflit social, économique, culturel et sécuritaire sans précédent » (Orban). De toutes les menaces annoncées c’est la menace identitaire, culturelle et civilisationnelle qui est la plus importante pour comprendre le consensus politique dans les élites et la forte adhésion des populations à leurs discours qualifiés alors  de populistes. Ces nations sans Etat ont construit au XX ème siècle des Etats-nation enfermées dans un contexte totalitaire qu’il s’agisse de Hitler ou de Staline ou ses successeurs.

Après avoir œuvré pendant plusieurs décennies à surmonter le clivage est-ouest en Europe prioritairement sur le plan de l’économie et de son organisation, l’UE découvre la profondeur d’un clivage sociétal, culturel, des mentalités. Il ne sera pas surmonté par des menaces (couper les fonds), des admonestations mais en démontrant qu’une nouvelle forme d’intégration collaborative existe. Elle a permis des réconciliations longtemps jugées impensables : la réconciliation franco-allemande mais aussi entre les « deux Irlande », on l’oublie trop souvent. Cette intégration collaborative, selon le modèle communautaire, est porteur de bien plus de prospérité, d’égalité, de paix civile dans un débat démocratique apaisé.

Constatons que l’Europe est divisée face à l’implosion de ses deux voisinages au sud comme aussi à l’est, avec la crise Ukrainienne et tous ses prolongements. La crise Ukrainienne  comporte un potentiel migratoire : 500 000 réfugiés ukrainiens en Pologne, 300 000 en république Tchèque. Demain combien ? et de quelle provenance ? Si les pays d’Europe centrale et orientale tiennent à ce que l’Europe reste engagée face au voisinage à l’Est ils devront aussi accepter de participer à une forme de cogestion des migrations du sud.

NEA say... n° 162  

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