
Drogue : rapport de la Commission sur un problème qui est mondial. Au cours des dix dernières années, peu d’évolution mais complexité plus grande.
mise en ligne :10 03 2009 ( NEA say… n° 63 )
COOPERATION JUDICIAIRE PENALE > Elargissement
La Commission européenne publie son rapport sur les marchés des drogues illicites dans le monde depuis 1998. Ce rapport montre qu'au cours des dix dernières années, des politiques de lutte contre la drogue se sont mises en place dans le monde entier, notamment au niveau national, avec une intensification des efforts pour venir en aide aux consommateurs de drogue et l'adoption de mesures plus sévères à l'égard des trafiquants. Mais quel est le bilan de ces actions dans la pratique?
L'étude sur laquelle se fonde ce rapport ne contient aucun élément faisant apparaître une diminution du problème mondial de la drogue sur la période allant de 1998 à 2007. D'une manière générale, la situation s'est légèrement améliorée dans certains des pays les plus riches alors qu'elle a empiré dans d'autres, de façon parfois brutale et importante, notamment dans quelques grands pays en développement ou en transition.
Si le phénomène mondial de la drogue n’a donc quasiment pas évolué depuis 1998, il est en tout cas devenu plus complexe: dans la plupart des pays occidentaux, les prix des drogues ont chuté de pas moins de 10 à 30 % depuis 1998, bien que, dans certains de ces pays, les vendeurs de cocaïne ou d’héroïne, par exemple, soient plus sévèrement punis. Dans le même temps, aucun élément ne donne à penser qu’il est plus difficile de se procurer de la drogue. Dans beaucoup de pays occidentaux, l'usage de cannabis chez les jeunes s'est banalisé et près de 50 % des personnes nées après 1980 y ont au moins goûté. La majorité d’entre elles cesse toutefois d’en consommer passé les premières années de l'âge adulte. L’étude nous apprend également que des politiques spécifiques de lutte contre la production de drogue peuvent avoir des répercussions sur les zones de production. Ainsi, au cours de la dernière décennie, une partie de la production de cocaïne s'est déplacée du Pérou et de
La publication du rapport coïncide avec la rencontre de haut niveau à Vienne dans le cadre de la session annuelle de
L’un des objectifs de cette étude cherchait à fournir une estimation réaliste de la taille totale du marché des drogues illicites sur la base des recettes annuelles générées. Le résultat montre qu’il est très difficile de procéder à de telles estimations d’ensemble, du fait notamment de l’absence de données fiables sur la production, la consommation et le trafic de drogues pour une grande partie du monde. L’étude livre malgré tout des estimations, notamment pour les marchés du cannabis, de la cocaïne et de l’héroïne en Europe occidentale, aux États-Unis et en Océanie. Pour le cannabis, le montant total des recettes dans ces trois régions atteindrait, selon l'estimation la plus précise, près de 70 milliards d’euros pour 2005, ce qui correspond à la moitié environ de l’estimation de l’ONUDC qui s’élève à quelque 125 milliards d’euros. Une des conclusions importantes de l’étude est que les politiques de réduction des risques, toujours controversées dans certains pays, gagnent du terrain dans un nombre croissant d’autres pays qui les considèrent comme un moyen efficace de réduire les maladies, les troubles sociaux et la mortalité liés à la drogue. Le rapport donne également un aperçu des fondamentaux économiques du marché mondial des drogues illicites, avec des estimations des coûts de production et de valeur ajoutée d’un bout à l’autre de la chaîne, de la production initiale à la vente au détail finale. Il analyse la répartition des revenus des personnes impliquées dans le commerce de drogues et le résultat auquel il aboutit est d’une banalité surprenante, dans la mesure où seule une minorité relativement petite réalise de gros profits. Enfin, un des apports-clés de l'étude est de montrer les faiblesses du système international de collecte des données et des informations sur le problème mondial de la drogue. Alors que l’UE a investi de grosses sommes d’argent pour continuer à développer ses activités de suivi du phénomène des drogues par l’intermédiaire de son Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), il est utopique d’espérer que des mécanismes d’information de ce type se mettent en place au niveau international avertit
Ce constat de semi échec intervient au moment où l’Office européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) signale que le commerce en ligne complique les stratégies antidrogue en Europe. Pour identifier l'évolution du phénomène, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a effectué, début 2008, une étude inédite. En utilisant des mots clés multilingues et le moteur de recherche Google, ce travail a permis de répertorier 68 "magasins" établis dans l'Union européenne (UE) proposant en ligne divers types d'"euphorisants légaux".Une majorité d'entre eux se trouvait au Royaume-Uni (52 %), aux Pays-Bas (37 %), en Allemagne (6 %), en Autriche (4 %) et en Irlande et en Pologne (1 %). Ces magasins vendent pour certains des champignons hallucinogènes, d'autres des party pills, d'autres encore des substances alternatives aux drogues contrôlées telles que le LSD, l'ecstasy, le cannabis et les opiacés. Soit plus de 200 produits psychoactifs au total, proposés entre 1 et 11 euros pour l'équivalent d'une dose.
"Les ventes en ligne représentent désormais un défi considérable pour les politiques antidrogue et pour les mécanismes de contrôle", confirme Frank Zobel, de l'OEDT. Le choix de plusieurs pays d'interdire certaines substances aura peut-être un effet dissuasif sur les producteurs "qui pourraient être enclins à retirer ou à remplacer certains des produits qu'ils vendent". Mais le commerce en ligne, souligne-t-il, "a une capacité d'adaptation très rapide aux nouvelles réglementations". Il devient indispensable de mobiliser au plan européen tous les acteurs d'Internet, des fournisseurs d'accès aux consommateurs en passant par les éditeurs de site, comme cela a été fait pour lutter contre la pédophilie et le terrorisme.
Conclusions
Malgré l’intensification des politiques de lutte anti-drogue, il n’y a pas de constat de diminution, pire le phénomène est plus complexe. Doit-on en conclure à un échec total? Le pas est peut-être franchi un peu rapidement et de façon un peu simpliste : les situations varient de pays à pays et de régions à régions, par endroit la situation a pu s’améliorer, ailleurs la situation a pu empirer brutalement. A certains égards, les commentaires semblent plus sévères que le rapport lui-même qui se garde de formuler des recommandations. Le Professeur Peter Reuter, qui a dirigé les travaux, a pu dire « la majorité des dommages observés proviennent des politiques menées plutôt que des drogues elles-mêmes (…) s’il est difficile d’établir l’effet d’une répression accrue sur les quantités disponibles sur les marchés et les prix », la lutte anti-drogue a en revanche eu pour effet certain d’aggraver la corruption et la grande criminalité et de multiplier les risques sanitaires pour les consommateurs. Suggérant (plus qu’affirmant, que le tout répressif n’a pas abouti, l’étude estime que les politiques de réduction des risques gagnant du terrain, un nombre croissant de pays les considèrent comme un moyen de réduire les maladies, les troubles sociaux et mortalité liés à la drogue. Des pays jadis réticents à la distribution de méthadone ont adopté de tels programmes. C’est cela qui a le plus contribue, plus en tout cas que la pure répression, au léger tassement de la consommation de drogues dures qu’on peut observer aux Etats-Unis et en Europe qui restent en pleine expansion en Russie et en Asie. Des politiques de répression peuvent n’avoir comme résultat que des changements des lieux de production et des routes suivies par les trafics. La faiblesse majeure reste le système international de collecte des données et des informations, l’Europe reste la seule à avoir consenti des efforts financiers importants avec l’OEDT. Certains vont jusqu’à affirmer qu’il est utopique d’imaginer une amélioration dans ce domaine
Version courte du rapport (EN)
Version avec sous rapport et annexes (EN) (prépublication)
L'édition complète en bref
- EDITORIAL
- Politique sociale : une stratégie européenne coordonnée peut-elle atténuer les répercussions de la crise ? Réponse au sommet de printemps ?
- Les droits fondamentaux et l’égalité entre les femmes et les hommes : la campagne de l’Union européenne (présentation générale)
- Dans les arts du spectacle, l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes doit s'imposer, demande le Parlement européen.
- Journée internationale de la Femme : lutte contre la violence envers les femmes. Face aux insuffisances constatées, une nouvelle législation attendue
- Journée internationale des femmes et les nouvelles technologies : e-inclusion. Cinq grandes entreprises de haute technologie s'engagent à promouvoir davantage les «cyber-cendrillons»
- L'Union européenne ne pourrait-elle pas poursuivre l'évêque Williamson pour les propos négationnistes tenus à la télévision ?
- Racisme et antisémitisme : l’antisémitisme est-il en hausse ?
- Contrôles antidopages : les sportifs sont contre le système de « localisation », mais ils restent divisés et les autorités européennes sont surtout sensibles à la protection de la « vie privée ».
- L’Union européenne à Washington pour parler des détenus de Guantanamo. Mais c’est surtout d’une approche commune contre le terrorisme dont il a été question.
- Lutte contre la corruption et le crime organisé: la Commission européenne épingle la Roumanie et la Bulgarie, jugeant insuffisantes leurs réformes judiciaires.
- Les droits de l'homme s'invitent aux négociations climatiques de l'ONU à Posnam.
- Les enfants de migrants devant le Parlement européen : en jeu leur soutien scolaire, mais pas seulement !
- Asile : le Parlement européen appelle à plus de solidarité entre les Etats-membres et à une refonte des règles
- ROMS : les éduquer pour mieux les intégrer, mais l’UE a besoin d’une stratégie globale à leur égard estiment les parlementaires européens.
- Lutte contre le terrorisme : cinquième journée européenne des victimes. Commémoration des attentats de Madrid, discrètes mais émouvantes en Espagne, réelles mais restées confidentielles dans les institutions européennes.
- Lampedusa : plaidoyer d’Amnesty International en faveur du respect des droits de l’homme. Jacques Barrot vice-président de la Commission exprime sa satisfaction après son voyage.
- Drogue : rapport de la Commission sur un problème qui est mondial. Au cours des dix dernières années, peu d’évolution mais complexité plus grande.
- Turquie, Croatie et ARYM (ancienne Macédoine) : le Parlement européen évalue les progrès accomplis en vue de l'adhésion. Quelles perspectives pour l’espace de liberté, de sécurité et de justice dans une Europe élargie?
- Traité de Lisbonne: la commission des affaires constitutionnelles vote les rapports Brok, Dehaene et Leinen. Vers un meilleure équilibre institutionnel? Il faut attendre: le PE ne votera pas en plémière dans l'immédiat.
- Les attentats de Bombay relancent la question de la protection consulaire des citoyens de l'Union européenne: auditions et débats se succèdent au Parlement européen.
- Vie privée sur internet : la polémique Facebook vue par le journal le Monde
- VOUS ETES SURVEILLES, LE SAVIEZ-VOUS ? Le Parlement européen tente de mettre un terme à l'accès abusif aux données des utilisateurs d'Internet. Vers une Charte des droits fondamentaux ?
- Piratage sur internet : bras de fer à l’Assemblée nationale française, le Parlement européen en embuscade. La ministre de la culture, Christine Albanel, tente une dernière conciliation et recherche l’apaisement.
- Système d’information Schengen SIS II : des députés exaspérés demandent des comptes ! Des problèmes politique plus que techniques ont demandé les députés?
- La Commission propose de réformer le contrôle de l’application des règles Schengen.
- Europe Forteresse ? L’accusation est-elle toujours juste quand est décidée l’exemption de visas entre la Communauté et six pays non membres de l’Union européenne-
- Des informations rapides (première partie)
- Des informations rapides (deuxième partie)
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