Editorial de Nea say n° 119 Campagne présidentielle française et immigration: un vrai débat avorté.

 Nicolas Sarkozy comme  François Hollande (mais personne  ne fait   exception) n’apportent de vraies réponses. Pour un sujet aussi grave, c’est un constat consternant. C’est pourtant un sujet légitime, indiscutablement. Les français étaient en droit d’attendre que les candidats exposent leur conception : une politique juste, efficace et acceptable par tous individuellement et par la société dans sa globalité. Les candidats ont laissé l’initiative à Marine Le Pen qui l’a abordé  par une polémique malsaine. Et les candidats l’ont suivi, désolant ….

Au commencement de tout est l’échec de la politique d’intégration  ce que le chef de l’Etat reconnait :  « elle fonctionne de plus en plus mal » et le rapport du Haut Conseil de l’intégration le confirme (cf. l’article à ce sujet). La raison est tout autre que le fait « qu’il y a trop  d’étrangers sur notre territoire ». Que veut dire ce « trop » en quoi consiste-t-il. Vraiment les conditions du succès d’une bonne intégration dépendent du nombre de personnes à intégrer ? Sans doute il y a des limites à tout, mais à partir de quel chiffre ce qui était impossible, le deviendrait-il ? et pourquoi ?

Les migrations sont une chance, mais aussi un problème. Le malheur est que la chance s’accomplit dans le long terme alors que le problème se vit dans le court terme.

Toute réglementation de précaution est légitime mais elle ne doit pas s’accompagner d’une rhétorique qui stigmatise dans la confusion  « l’immigré » quelque soit son statut (souvent légal), sa situation (demandeur d’asile, personnes vulnérables) etc. Une stigmatisation qui prospère dans l’ignorance : qui sait par exemple que les mouvements migratoires affectent principalement  les pays du sud comme pays de destination ? 69% des migrations subsahariennes sont des migrations sud-sud et 86% des mouvements dans l’Afrique de l’ouest sont intra-régionaux.

Ignorance du phénomène migratoire et de toutes ses facettes, mais aussi ignorance du monde dans lequel nous vivons et allons vivre : le constat est simple, la taille de l’économie mondiale a triplé depuis 1970 tandis que  la population augmentait de  3 milliard. Une croissance qui s’accompagne d’un épuisement des ressources naturelles ce qui à terme compromet le développement humain. L’urgence grandit. Nous croyons diriger le monde et nous venons d’en découvrit la nouvelle complexité : des pays hier aidés, aujourd’hui sont des concurrents.

Il en va de l’immigration comme du reste : l’absence généralisée d’une perception du changement profond que nos pays sont en train de vivre. Les médias sont défaillants et pour la plupart  parle de l’immigration uniquement en terme  de criminalité, de bateaux clandestins, d’illégaux, d’expulsion etc. Les médias n’ont aucunement favorisé la création d’un lieu de vie pour ces gens venus d’ailleurs et qui pour un très grand nombre résident en toute légalité. Le tout sécuritaire a effacé complètement  la nécessité de mieux  intégrer pour faire perdre à l’immigration sa dangerosité supposée. De nouveaux départs sont toujours possible pour concevoir de nouvelles formes, un nouveau vécu en matière d’intégration, du mieux vivre ensemble et de multiculturalisme. La campagne,  « l’Italie, c’est moi aussi ! » dont il est question dans un autre article, est une initiative d’un grand intérêt, généralisée à l’Union européenne, elle aurait une visibilité  propre à désarmer bien des préventions obsédantes et à faciliter une approche plus apaisée de l’immigration, un phénomène complexe, il faut le redire, alors que dominent les simplifications réductrices.

 

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