Le génocide silencieux des femmes. La sélection prénatale en fonction du sexe, un enjeu de taille : nos institutions européennes inquiètes en prennent la véritable mesure

Parler aujourd’hui de « Généricide », ( ce n’est pas la première fois que Nea say- Eulogos en parle) de « génocide silencieux »  ou encore de « massacre de masse systématique et délibéré » ne semble pas être excessif sachant l’ampleur importante que prend le déséquilibre démographique au sein de nos sociétés. Le ratio naturel entre fille et garçon  enregistré ces dernières années est grandement menacé par ce phénomène de sélection artificielle après la naissance. Une masculinisation démographique qui résulte automatiquement d’une discrimination envers les filles et peut s’expliquer par le fait que des millions de fœtus féminins soient au stade de l’avortement sexospécifique ou dès la naissance éliminés mais aussi en raison d’une certaine préférence sociale ou culturelle attribuée à  l’homme dans certains pays où selon des croyances séculaires et ancestrales, l’on considère ceux-ci comme un soutien à l’économie plutôt qu’un «  investissement à perte».

 Les effets d’un tel phénomène se font sentir aujourd’hui à l’échelle mondiale et s’aggravent en raison de ces nouvelles techniques de dépistage prénatal comme moyen de planification de naissance, qui se développent depuis les années 80 exaspérant de nouvelles frustrations et amenant à de nouveaux cas de conscience n’existant pas autrefois.

 Aussi,  depuis quelques années, selon des études menées par les Nations Unies, certains pays d’Europe (l’Albanie, l’Arménie, la Géorgie…) semblent céder à quelques préjugés anti-filles ayant recours de plus en plus aux pratiques d’avortements sélectifs. En octobre 2011, suite au rapport de Doris Stump, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe avait  sonné le tocsin en adoptant  une résolution intitulée « La sélection prénatale en fonction du sexe » où elle souhaitait faire prendre conscience aux Etats membres du Conseil de l’enjeu social que représente la sélection prénatale en fonction du sexe notamment en termes d’inégalités démographiques et de ce que cela engendrerait comme difficultés pour l’homme dans sa quête d’une épouse mais aussi des violations graves des droits de l’homme telles la traite à des fins de mariage ou des actes de prostitution que cela pourrait occasionner. Un climat de violence forcément contraire à ce que défend et promeut le Conseil de l’Europe. Dès lors s’en trouveraient affectées sur le long terme la sécurité mondiale et la viabilité d’économies nationales entières. Cette décision du Conseil représentait néanmoins à cette époque une première avancée majeure prenant enfin en compte l’avortement sélectif telle une violence faite aux femmes.

 Aujourd’hui dans son projet de rapport, Antigoni Papadopoulou (groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen) décrit  le « généricide » comme un crime, un acte de violence ultime et inconcevable à l’égard des femmes. Il est impérieux selon elle, de mettre en place une série de mesures incitatives, des programmes d’information ainsi que d’apporter tout le soutien et les  conseils nécessaires à ces victimes d’avortements forcés ou d’infanticides ainsi qu’à leurs familles les aidant notamment à pouvoir faire face aux pressions qu’elles subiraient de l’extérieur pour avorter d’un fœtus féminin.

 Marie-Thérèse  Sanchez-Schmid (PPE) a de même déclarer ceci : «  En Europe, nous avons un devoir d’influence pour que les Etats concernés mettent en place des législations contraignantes, assorties de sanctions pénales afin de mettre fin à ces pratiques et de rendre aux femmes la considération sociale à laquelle elles ont droit autant que les hommes. »

D’autres insisterons sur l’importance de criminaliser le féminicide ou le généricide de manière à ce que cela puisse faire l’objet d’enquêtes, de poursuites ,que les agresseurs puissent être par la suite traduits en justice mais surtout qu’un suivi médical et psychologique soient assuré aux victimes survivantes.

 Dans ce même rapport, Antigoni Papadopoulo insiste pour que les Etats membres puissent à l’avenir collecter davantage de données fiables concernant la sélection en fonction du sexe, d’assurer le suivi de leur évolution de manière à pouvoir ensuite mieux s’adapter et mieux réagir aux éventuels déséquilibres mais aussi elle recommande d’introduire et de renforcer les lignes directrices à l’attention du personnel médical de sorte que l’information sur le sexe du fœtus lui soit présenté selon une approche positive, indépendamment de l’identité de genre.

 Dans une perspective comparative, pour montrer la voie à suivre, le rapporteur a pris en exemple la Corée du sud, un pays où de 114 naissances de garçons  pour 100 de filles l’on est revenu à un rapport de 107 naissances de garçons pour 100 filles, un succès remarquable et progressiste qui peut s’expliquer par une meilleur éducation des femmes et les poursuites existantes pour discrimination envers celles-ci rendant la préférence des enfants mâles archaïque et superflue.

 Ces sex-ratios déséquilibrés et leur impact sur le développement humain appellent donc à une attention particulière et croissante de la part du Parlement Européen qui s’est réuni ce mardi 8 octobre  à midi en séance plénière à Strasbourg afin de voter la Résolution sur « Genericide-  Les femmes manquantes ». Cette Résolution et ses 5 amendements cruciaux constitueront un outil complémentaire de lutte contre la discrimination à l’égard des femmes avant la naissance.

 Cette Résolution fait surtout le rappel qu’il « n’existe aucun droit humain à l’avortement et au choix de la sexualité d’un enfant dans le droit international ou en vertu d’un traité international des Nations-Unies juridiquement contraignant». Elle fait également valoir que la déclaration des droits de l’enfant dispose que « tout enfant, sans distinction de sexe, à le droit à une protection juridique appropriée, avant comme après la  naissance (…) ,qu’est reconnu un droit humain à l’objection de conscience pour le personnel médical ( individu, hôpital ou établissement) comme énoncé à l’article 18 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et l’article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne » et enfin qu’il soit garanti que l’Union n’apportera aucun support à aucune autorité ou organisation qui puisse inciter , contribuer  ou participer à la gestion d’actions impliquant ce type de violation des droits de l’homme tel que le choix prénatal du sexe d’un enfant et ce qui l’accompagne (avortement forcé, stérilisation forcée…).

 Par l’entremise de ses différentes commissions du développement, du commerce international, des droits de l’homme et surtout la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres ainsi que via leurs délégations par pays, le Parlement dispose d’un rôle non négligeable pour sensibiliser  davantage les décideurs sur la question des « femmes manquantes et inscrire la problématique dans l’action publique (campagnes de sensibilisation du public, implication plus grande des organisations internationales comme le Conseil de l’Europe..). Ces commissions font en sorte qu’une telle problématique reste au cœur des préoccupations et stratégies politiques européennes, notamment en reprenant les recommandations  de l’Assemblée Parlementaire à leur compte.

 Les délégations de l’Union européenne dans des pays comme l’Inde ou la Chine ont l’occasion d’appuyer toujours plus cette question dans le cadre de coopérations avec ces pays tiers, les persuadant de ne plus recourir à certaines politiques contraignantes de limitation  de la population, à savoir parmi d’autres la politique de l’enfant unique chinoise ouvertement contestée par la vision Occidentale.

 La question de la détermination du sexe devra aussi s’intégrér dans les nouveaux instruments du cadre financier pluriannuel pour 2014-2020.

L’UE doit impérativement inclure le « Généricide » dans l’ordre du jour du dialogue politique avec les pays tiers  disait Edite Estrela (Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement Européen)  ce lundi 7 octobre 2013 à Strasbourg. Aussi est-il toujours bon de rappeler que l’égalité Homme/Femme reste et demeura l’un des principes fondamentaux de l’Union qu’elle défendra dans tous les  pans de la société et même au-delà des frontières.

C’est que finalement l’on retrouve une part de réalisme dans la fiction d’Amin Maalouf, « Le premier siècle après Beatrice » qui citait« Si demain les hommes et les femmes pouvaient, par un moyen simple, décider du sexe de leurs enfants, certains peuples ne choisiraient que des garçons. Ils cesseraient donc de se reproduire et, à terme, disparaîtraient. Aujourd’hui tare sociale, le culte du mâle deviendrait alors suicide collectif. » On assisterait donc à l’« autogénocide des populations misogynes ». Un processus qui une fois entamé ne serait plus réversible conduisant l’humanité à sa perte disait-il. Un ouvrage qui se pose dans le futur  rappelant l’importance du rôle de la femme à la survie de la race humaine toute entière.

Une phrase évoquant d’ores et déjà le risque futur d’une implosion sociale où il y aurait impossibilité pour certains hommes de se trouver des partenaires féminines, cela pouvant aboutir à des troubles sociaux, de la violence sexuelle, du trafic de jeunes femmes (femmes vendues via des entremetteurs) et autres actes de délinquance.

 Pour parvenir à une normalisation du rapport qu’entretient  l’humanité avec la femme et de l’image qu’elle a de la féminité, il importe dans certaines régions d’aller au-delà d’un simple contrôle de l’usage de pratiques sexo-sélectives et de ne point se contenter d’appliquer des législations parfois même inefficaces concernant l’avortement et les tests de détermination du sexe. Effectivement inverser de manière durable le déséquilibre des genres  se fera  si le Parlement européen et la Communauté internationale décide par ailleurs de s’intéresser aussi aux raisons et causes plus profondes (facteurs culturels et socio-économiques)  qui poussent ces pays-là à préférer les garçons aux filles pour pouvoir ensuite promouvoir  la mise en place de politiques adaptées liées à l’inégalité des genres là où la réglementation s’avère infructueuse sur des questions telles que le dot, l’héritage, le financement de la vieillesse, l’indépendance de la femme au niveau de l’éducation et sur le front économique…

 L’Europe devra penser pour le futur à travailler sur  le changement social et économique au sein de ces pays en intégrant le cas des femmes manquantes dans ses futurs programmes de coopération au développement par exemple. Parmi les idées qui courent, le Parlement évoquait la possibilité d’allier l’aide apportée à ses pays en voie de développement  concernant les pratiques sexo-sélectives et les politiques axées sur le traitement préférentiel du genre masculin…

 De même que la commission du commerce international (INTA) pourrait faire en sorte d’inclure d’office dans les accords commerciaux, des clauses garantissant les droits de l’homme et plus spécifiquement ceux de la femme.

Constatez que l’Europe ne manque pas de ressources et de réponses évolutives aux mesures natalistes impopulaires voire dictatoriales pratiquées par de plus en plus de pays.

Pour préserver l’héritage du genre humain, préservons d’abord celui des femmes, une expression symbolique décrivant bien les intentions de l’Europe d’aujourd’hui.

 

Géraldine Magalhães

  

Pour en savoir plus :

 

      -. Parlement Européen-  Rapport du  28 juin 2013 sur « le généricide : les femmes manquantes ? », Rapporteur : Antigoni Papadopoulou, http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-%2f%2fEP%2f%2fNONSGML%2bREPORT%2bA7-2013-0245%2b0%2bDOC%2bPDF%2bV0%2f%2fFR; (EN) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-%2f%2fEP%2f%2fNONSGML%2bREPORT%2bA7-2013-0245%2b0%2bDOC%2bPDF%2bV0%2f%2fEN

       -. Parlement Européen- Résolution du Parlement Européen du 8 octobre 2013 sur le généricide : les femmes manquantes ?http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2013-0400&format=XML&language=FR (EN) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2013-0400+0+DOC+XML+V0//EN

       -. Parlement Européen-  Direction Générale  de politiques externes-Département Thématique- etude «  Généricide : les femmes manquantes ? »http://www.ecologic.eu/files/attachments/Publications/2012/LOT5_22_Gendercide_Missing_Women_FR.pdf

        -. Revue Algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, 2007 L. Dounia.Mimouni-  « Le premier siècle après Béatrice de Amin Maalouf : roman de science-fiction ? », mis en ligne le 6.08 .2012,http://insaniyat.revues.org/3215

       -. Zenit-Le Monde vu de Rome- N.San.Martin, « Au moins 100 millions d’enfants de sexe féminin tués dans le monde, c’est un « généricide » dénonce la revue « The Economist », 16.03.2010,http://www.zenit.org/fr/articles/au-moins-100-millions-d-enfants-de-sexe-feminin-tues-dans-le-monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adeline Silva Pereira

Après avoir effectué la deuxième année du master Sécurité Globale analyste politique trilingue à l'Université de Bordeaux, j'effectue un stage au sein d'EU Logos afin de pouvoir mettre en pratique mes compétences d'analyste concernant l'actualité européenne sur la défense, la sécurité et plus largement la coopération judiciaire et policière.

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