Immigration : bientôt priorité aux migrants du changement climatique. En 2020 60 millions de personnes fuyant les zones désertifiées d’Afrique sub-sahariennes ? A Lima un accord a minima obtenu à l’arraché. La dynamique vers la Conférence de Paris de 20015 n’est pas assurée. Quelles sont les leçons à tirer ?

Les pays les plus exposés aux conséquences néfastes du réchauffement climatique doivent d’urgence mettre en place des politiques d’aide aux petits agriculteurs et à la relocalisation des populations vulnérables, soulignent des experts à la conférence internationale de Lima sur le climat. Des thèmes trop peu débattues. Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et Mary Robinson, envoyée spéciale des Nations Unies sur le climat et ancienne Haut commissaire aux droits de l’Homme lancent un appel qui n’a pas été entendu.

La terre et l’eau avant toute chose. Monique Barbut déplore que la COP 20 de Lima délaisse les enjeux de la terre et de l’eau quitte à alimenter les conflits dans le monde. Elle déplore que ces conférences soient trop orientées vers le business, la technologie, les énergies renouvelables et pas assez vers nos modes de vie, vers nos paysans. Elle souligne : la transition énergétique ne suffira pas à limiter le réchauffement. En 2050 la planète comptera 9,6 milliards d’hommes : il faudra augmenter de 70% la production alimentaire, 4millions d’hectare de terres de plus par an, multiplier par deux le recours à l’eau. Comment faire si on laisse les terres productives diminuer et si on n’agit pas face à la désertification et si on n’en parle pas ? Voyez les conclusions de Lima , voyez les conclusion du mois d’octobre du Conseil de l’Union européenne préparatoires à la Conférence de Lima ! Le Giec parle d’une perte de productivité agricole de 1% tous les dix ans et d’ici à 2050 10 à 20% des gens seront frappés par les famines. La malnutrition infantile augmentera de 21%. Il faut donc commencer par restaurer les 500 millions d’hectares de terres agricoles dévastées. Ce qui au passage permettra de séquestrer l’équivalent de 11 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (30% des émissions totales), d’améliorer la biodiversité, de réduire les flux migratoires forcés et …les conflits.

Le lien est évident entre ces terres dégradées et les conflits : l’insécurité alimentaire a déclenché les émeutes dans 30 pays. Comment gérer la ^pénurie de l’eau quand le demande va progresser de 30% d’ici 2050. 40% des conflits de ces 60 dernières années étaient liés à des luttes pour l’accès à la terre et à l’eau autres ressources naturelles. Le lien est évident entre vulnérabilité à la désertification et les conflits : pensons un instant aux racines de l’instabilité dans la zone sahélienne en Afrique. Monique Barbut pose la question : est-il plus efficace de dépenser chaque 3 millions d’euros dans des opérations militaires pour lutter contre la déstabilisation politique plutôt que de renforcer l’agriculture locale ?En Syrie entre 2006 et 2010 donc avant que n’éclate la guerre civile, le pays a connu une des pires sécheresse de son histoire entrainant l’exode d’un million de pays paysans auxquels se sont ajoutés rapidement un million de réfugiés irakiens. Monique Barbut prévoit que 60 millions de personnes pourraient d’ici 2020 fuir les zones désertifiées d’Afrique subsaharienne pour tenter de gagner l’Afrique du nord et l’Europe. Les négociations climatiques parlent de beaucoup de choses, mais les plus vulnérables et les plus touchés par le changement climatique ; sont laissés en dehors de ce deal planétaire. Il est essentiel d’assurer la stabilité des écosystèmes alors que les terres arides représentaient entre 10% et 14 % des surfaces pour la période 1950-1980 contre 30% en 2010. Les petits exploitants agricoles sont les acteurs majeurs de la lutte contre les changements climatiques vient de proclamer (2 décembre) le rapport du Fonds international du dèveloppement agricole (FIDA) .

De son côté Mary Robinson , l’envoyée spéciale des Nations Unies sur le climat a insisté : »On sait maintenant que le changement climatique est un facteur de migration et qu’il devrait provoquer une hausse du déplacement des populations ». « C’est une question qui n’est pas assez débattue », a ajouté l’ancienne présidente irlandaise. « C’est un problème qui mérite de nouvelles solutions. » Depuis 2008, on évalue à 27 millions de personnes par an en moyenne le nombre de réfugiés climatiques. Selon la Nansen Initiative, qui aide les gouvernements à imaginer des moyens de protéger ces populations, le thème des migrations climatiques devra être pris en compte dans le nouveau pacte sur le climat qui doit être adopté lors de la conférence de Paris fin 2015. Après Lima on est loin du compte.

« Non seulement parce qu’alors seulement, la mobilité humaine sera intégrée aux plans d’adaptation au changement climatique, mais aussi parce que l’accès aux financements dont ont besoin certains pays sera gravé dans le marbre », a expliqué Walter Kaelin, avocat et délégué de la Nansen Initiative à Lima, où se déroule la 20e conférence des parties de la Convention-cadre de l’Onu sur les changements climatiques (CCNUCC). Les experts estiment que la priorité des Etats est de protéger sur place les populations à risque, en les aidant à mieux sécuriser leur accès à l’eau potable, en fabriquant des habitations plus résistantes aux conditions climatiques extrêmes et en améliorant les systèmes d’alerte et de prévention.

Mais dans certaines circonstances, quand un endroit est devenu totalement inhospitalier, la seule option est le départ, une situation que de nombreux Etats ont du mal à accepter et à anticiper. Cependant des exemples sont à suivre. Les programmes d’adaptation au changement climatique que mettent en place les pays en développement n’envisagent guère la relocalisation d’un point de vue stratégique. L’île de Kiribati, menacée par la montée des eaux de l’océan Pacifique, a ainsi mis en place une politique de formation et tissé des liens avec les communautés d’expatriés afin que les habitants souhaitant s’expatrier puissent le faire avec « dignité ». En Amérique du Sud, la Colombie est le premier pays à avoir intégré le problème de la migration dans son plan national d’action face au changement climatique, déclare Diego Beltrand, de l’Organisation internationale pour les migrations. Et aux Fidji, où des dizaines de villages ont besoin d’assistance face au changement climatique, le gouvernement met la dernière touche à un ensemble de mesures de relocalisation, dit Marine Franck, du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).La relocalisation de communautés doit être une « solution de dernier ressort quand tous les autres moyens d’adaptation ont échoué », souligne cette responsable. Mais les Etats doivent tenir compte de ce problème dans l’élaboration de leurs stratégies. Il est ainsi primordial de discuter avec les communautés, comme récemment à Choiseul, une province des îles Salomon, où les autorités ont consulté les habitants du chef-lieu de l’île de Taro, avant de décider de les relocaliser dans une nouvelle ville, où ils s’installeront pas étapes.

Des résultats ?

La 20e conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, réunie à Lima au Pérou, a approuvé dans la nuit de samedi à dimanche les éléments de base d’un futur traité mondial (4 pages) sur le climat qui devra être conclu à la conférence de Paris fin 2015.Au terme de négociations marathon qui se sont achevées après une prolongation d’une trentaine d’heures, le document final de quatre pages invite les pays participants à présenter au début de l’année prochaine -avant une date-butoir informelle au 31 mars- leurs propres plans nationaux de lutte contre le réchauffement climatique, afin de constituer une base pour un futur traité à conclure lors du sommet sur le climat prévu à Paris en décembre 2015.

En vertu de l’accord, les engagements des différents pays en matière de lutte contre le réchauffement climatique seront compilés dans un rapport qui sera établi au plus tard le 1er novembre 2015, cela afin d’évaluer leurs effets combinés pour freiner la hausse des températures.

Le texte expose une vaste gamme de possibilités en vue de l’accord de Paris, dont celle de viser un objectif zéro d’émissions de C02 à l’horizon 2100, voire plus tôt, via un abandon des combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.

La majeure partie des décisions difficiles sur les moyens de freiner les changements climatiques ont été remises à l’année prochaine. « Il restera beaucoup à faire à Paris l’an prochain », a ainsi déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Le texte final adopté à Lima a apaisé les pays émergents, dont la Chine et l’Inde, qui craignaient que les esquisses précédentes n’imposent à leurs économies un fardeau trop lourd, par comparaison avec les pays riches, en matière d’efforts pour freiner le réchauffement mondial. « Nous avons obtenu ce que nous voulions », a déclaré le ministre indien de l’Environnement, Prakash Javedekar, satisfait de voir que le texte préserve l’idée que les pays riches doivent montrer l’exemple en matière de réduction des gaz à effet de serre. L’accord trouvé à l’issue des deux semaines de négociations de Lima dit clairement que les pays riches devront fournir un soutien financier aux pays en développement, a-t-il ajouté.

L’accord satisfait également les pays riches, emmenés par les Etats-Unis, pour lesquels il est temps que les économies émergentes contiennent leurs émissions de gaz à effet de serre, en forte augmentation ces dernières années. La Chine est désormais le plus gros pollueur de la planète, devant les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde.

La déception des ONG environnementales est évidente

« C’est un bon document pour préparer Paris », a dit ainsi à Reuters le commissaire européen à l’Energie et au Climat, Miguel Arias Canete. Cette déclaration ne saurait cacher les déclarations des ONG environnementales. Même ainsi, le secrétariat des Nations unies au changement climatique a indiqué que les engagements combinés de tous les pays, en vue de la conférence de Paris, ne suffiront pas pour atteindre l’objectif affiché, à savoir limiter le réchauffement à 2° Celsius au-dessus de la température moyenne de l’ère pré-industrielle.

Aussi les organisations environnementales estiment-elles que l’accord trouvé à Lima, dans un camp de tentes installé sur une base militaire, est beaucoup trop timoré. »Nous sommes passés de faible à un cran plus faible, et ensuite à ce qu’on pouvait faire de plus faible », a estimé Samantha Smith, de l’ONG WWF, au sujet des projets successifs rédigés à Lima. « Cela laisse une tâche énorme à accomplir aux gouvernements et à tous les autres acteurs dans les 12 mois à venir ».

Greenpeace a estimé dans un communiqué que « sans surprise, les actes sont absents » à la conférence de Lima. « On est très loin d’un accord qui enclencherait enfin la sortie des énergies fossiles, condition pour lutter contre les dérèglements climatiques selon le Giec ( Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) », écrit Greenpeace. »Les résultats de Lima sont médiocres mais sans surprise », déclare Sébastien Blavier, chargé de campagne énergie à Greenpeace France.

L’idée d’aboutir à Paris à un traité international imposant des obligations à tous les pays marque une évolution nette par rapport au protocole de Kyoto (1997), qui n’imposait qu’aux seuls pays riches de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. « Ce à quoi nous assistons, c’est à une nouvelle forme de coopération internationale sur les changements climatiques, par laquelle l’ensemble des pays participeront, avec une batterie de nouvelles réglementations », analyse Jennifer Morgan, du club de réflexion World Resources Institute.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le Secrétaire général des Nations Unies a salué les résultats de Lima. « Les décisions adoptées à Lima, y compris l’Appel de Lima à agir en faveur du climat, ouvrent la voie à l’adoption d’un accord universel et significatif en 2015 », a dit le porte-parole du Secrétaire général dans un communiqué de presse. « Le Secrétaire général exhorte toutes les parties, lors de leur première réunion en février de l’année prochaine, à entrer dans le fond des négociations sur le projet de texte de l’accord de 2015 issu de cette Conférence ».

Le chef de l’ONU a noté qu’à Lima les pays ont fait des progrès importants pour clarifier ce qu’ils devront préparer et présenter en tant que contributions nationales au nouvel accord et pour finaliser l’architecture institutionnelle d’un mécanisme sur les pertes et les dommages. Egalement à Lima, la capitalisation initiale du Fonds vert pour le climat a dépassé l’objectif des 10 milliards de dollars.

« Le Secrétaire général appelle toutes les parties, en particulier les grandes économies, à soumettre des engagements nationaux ambitieux bien avant Paris », a dit le porte-parole, en référence au Sommet sur le climat qui aura lieu en France à la fin 2015.

« Il attend également avec impatience de travailler avec les gouvernements du Pérou et de la France sur le nouveau Programme d’action Lima-Paris destiné à catalyser l’action sur le changement climatique pour accroître l’ambition avant 2020 et soutenir l’accord de 2015. »

Notons sous forme de conclusions que le clivage nord-sud persiste, la pierre d’achoppement étant d’ordre financier. Le Sud a réclamé sans succès des précisions sur les canaux de financement qui doivent permettre d’arriver à 100 milliards d’aide du « fond vert mondial » en 2020. Faute d’avancées significatives sur ces points, ces pays ont obtenu que le degré de précision des informations à fournir pour les contributions soit assoupli. Le principe « de responsabilité commune mais différenciée » dans le réchauffement, auquel ils tiennent, a aussi été réaffirmé dans ce qui n’est pas un accord, mais un « appel » pour s’en tenir à la terminologie officielle. Ce sont ces habiletés rédactionnelles qui ne trompent personne qui ont permis de masquer un clivage nord-sus important qui ira croissant, craignons le.

L’heure maintenant est à tirer les leçons de la conférence de Lima : les conférences climatiques servent-elles à quelque chose? la société civile, les associations dont beaucoup sont agrées ont-elles un poids suffisant et sont-elles suffisamment crédibles ? Abaisser les ambitions pour recueillir le consensus le plus vaste est-ce une tactique raisonnable ?

 

Pour en savoir plus :

       -. Full Text of the agreement (« LIMA CALL »)  http://unfccc.int/files/meetings/lima_dec_2014/in-session/application/pdf/cpl14.pdf

     -. Site de la conférence http://unfccc.int/meetings/lima_dec_2014/meeting/8141.php

     -. OIM organisation mondiale des migrations : Migrations et changements climatiques http://publications.iom.int/bookstore/free/MRS-31_FR.pdf

     -. Le dérèglement climatique pousse toujours plus de migrants sur les routes http://ldhcibp.wordpress.com/2014/04/21/le-dereglement-climatique-pousse-toujours-plus-de-migrants-sur-les-routes/

   -. Les migrations environnementales : enjeux et gouvernance par Christel Cournil et Benoît Meyer Les Presses de sciences Po coll Bibliothèque du Citoyen http://lectures.revues.org/14523

-. Message of Monique Barbut on World Soil Day http://global-mechanism.org/fr/feature-story/message-of-monique-barbut-on-world-soil-day

    -. Conclusions du Conseil du 28 octobre 2014 concernant la préparation de la Conférence de Lima http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/envir/145508.pdf

 – . Rapport du FIDA http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=33839

 

 

 

 

 

 

Adeline Silva Pereira

Après avoir effectué la deuxième année du master Sécurité Globale analyste politique trilingue à l'Université de Bordeaux, j'effectue un stage au sein d'EU Logos afin de pouvoir mettre en pratique mes compétences d'analyste concernant l'actualité européenne sur la défense, la sécurité et plus largement la coopération judiciaire et policière.

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