Syrie : réfugiés et victimes des conflits. Conférence de Genève du 09/12/2014 : le HCR veut contrebalancer le terrible déséquilibre concernant l’accueil des victimes.

La conférence ministérielle d’annonce d’engagements pour la réinstallation et d’autres formes d’admission de réfugiés syriens, qui a eu lieu à Genève le 9 décembre 2014, cherche à avancer sur un dossier difficile. Dans un esprit de solidarité et de partage international de la charge, l’objectif de la conférence était de permettre d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les besoins croissants et de fournir l’occasion aux Etats d’annoncer leur engagement pour la réinstallation ou d’autres formes d’admission de réfugiés syriens en 2015 et au-delà.

 Alors que la crise en Syrie entre dans sa quatrième année, plus de 3,5 millions de réfugiés ont fui le conflit et des dizaines de milliers de personnes continuent de traverser la frontière chaque semaine, pour la plupart d’entre eux au Liban, en Jordanie et en Turquie, mais aussi en Irak, en Egypte et d’autres pays dans la région. La contribution que la région a apportée pour la protection des réfugiés est substantielle. Toutefois, cet afflux de réfugiés exerce une pression énorme sur ces pays, ce qui n’est pas viable dans l’immédiat comme à moyen terme.

 Camps surpeuplés, fragilité des financements de l’aide alimentaire, la situation humanitaire des réfugiés syriens recueillis dans les pays limitrophes du conflit devient de plus en plus alarmante. Le minuscule Liban, à la superficie moins grande que celle de la Suisse romande, accueille à lui seul près de 1,2 million de Syriens, ce qui a fait augmenter sa population de 26%. La Turquie et la Jordanie y vont aussi d’un effort colossal, mais de plus en plus difficile à assumer.

 « Les besoins humanitaires dans le monde ont augmenté de façon exponentielle, il est clair que les fonds disponibles pour répondre à ces besoins n’augmentent pas au même rythme, non seulement nous avons moins d’argent pour les besoins croissants, mais la possibilité d’utiliser ces ressources est limitée », souligne Antonio Guterres au début de la conférence.

 En effet, outre le froid, les réfugiés syriens risquaient de souffrir de la faim après que le programme alimentaire mondial (PAM) ait dû suspendre son aide, à travers la distribution de vouchers électroniques, par manque de fonds.

 Le commissaire européen à l’Aide humanitaire et à la Gestion des crises, Christos Stylianides, s’était alarmé de cette interruption brutale et avait annoncé la mobilisation immédiate de 5,5 millions d’euros pour financer les actions du PAM, appelant la communauté internationale et les États membres de l’UE à faire montre de générosité aussi. De cette façon, le PAM a annoncé, exactement le jour de la conférence de Genève, avoir repris son aide, pour le plus grand soulagement de la Commission européenne, partenaire du PAM, et de l’UE.

 Les propositions avancées par le HCR, avant la conférence de mardi, concernaient aussi d’autre formes d’admissions pour les réfugiés, comme l’admission humanitaire, le parrainage privé, les visas humanitaires, l’élargissement des possibilités de regroupement familial et l’évacuation sanitaire.

 Selon le HCR, le contribution des autres pays, jusqu’ici, n’était pas assez pour faire avancer ce dossier si difficile. Mais, à Genève, un effort a ainsi été consenti par les pays riches: l’engagement a été pris d’offrir ces prochains mois 38.000 places supplémentaires, s’ajoutant aux 62.000 admissions déjà promises.

 Lors de la conférence les États européens ont offert 4.000 places supplémentaires aux réfugiés syriens. La Norvège et la Suède ont offert la plupart des places (1.500 chacun); la France s’est engagée avec 500 postes supplémentaires; les Pays-Bas avec 250; et la Belgique avec 150 places. La Pologne, qui n’avaient jamais pris aucun engagement de réinstallation, a offert 100 places pour les réfugiés syriens.

 En outre, au delà des 28.500 places déjà engagées, l’Allemagne a récemment offert 1.500 places supplémentaires pour parrainage individuel. Le Portugal a offert 70 bourses d’urgence disponibles pour l’enseignement supérieur. L’Irlande a annoncé que 111 Syriens ont été admis en Irlande dans le cadre du Programme d’admission humanitaire syrienne au printemps dernier.

 Ces engagements, ainsi que les 1.500 places offertes par le Brésil, portent l’engagement de réinstallation internationale actuelle à 67.638 places, ce qui correspond à un peu plus de 2% des 3,2 millions de réfugiés syriens enregistrés. À la lumière des engagements et des indications de futurs engagements, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés prévoit que le nombre total de places disponibles pour les réfugiés syriens dans les prochains mois peut atteindre 100.000.

 Au terme de la conférence, le Haut Commissaire pour les réfugiés s’est déclaré satisfait. «C’est une claire démonstration de solidarité et un bon résultat intermédiaire», a affirmé à la presse Antonio Guterres. Le Haut Commissaire a précisé que 28 pays ont exprimé leur solidarité avec les pays voisins de la Syrie qui accueillent 3,2 millions de réfugiés. Mais d’autres pays ont annoncé que leur programme va être accéléré, comme les Etats-Unis, ou qu’ils vont se joindre à cet effort.

 L’objectif du HCR est de réinstaller 130.000 réfugiés syriens les plus vulnérables d’ici la fin 2016. A terme, l’agence de l’ONU estime que 10% des réfugiés syriens, soit plus de 300.000, devront trouver un autre pays d’accueil, par exemple pour des raisons de santé ou familiales.

 Présent à Genève, le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos a rappelé que 34.000 places avaient été offertes dans l’Union européenne depuis 2013, tout en admettant que l’UE pouvait et devait faire plus : « Je suis heureux de constater les chiffres des places qui ont été offertes par les États membres de l’UE. Par rapport aux besoins, il pourrait sembler insignifiant. Il est, cependant, le plus grand engagement dans l’histoire des efforts de réinstallation de l’UE. Néanmoins, je crois fermement que nous pouvons et devons faire plus. »

A y regarder de près, l’Allemagne pèse à elle seule très lourd dans cet effort, avec 20.000 places accordées. Tous les autres pays de l’UE n’ont accepté que quelques centaines, parfois même dizaines de Syriens. Ailleurs dans le monde, les Etats-Unis, l’Australie et le Brésil se montrent les plus accueillants.

 Pour la Suisse, l’ambassadeur à l’ONU, Alexandre Fasel, a affirmé que dix mille Syriens relevant du domaine de l’asile ont été accueillis jusqu’ici en Suisse. En septembre et décembre 2013, 4.200 Syriens ont été admis au titre de la réunification des familles. La Suisse s’est engagée en septembre 2013 à accueillir 500 personnes particulièrement vulnérables. Elle a reçu 390 demandes, et jusqu’ici, 168 Syriens sont arrivés en Suisse au titre de ce programme, a précisé l’ambassadeur.

 Les 110 dossiers restants sur les 500 places promises seront traités prochainement. La Suisse reverra en outre la situation l’année prochaine, a affirmé l’ambassadeur Fasel. Il a aussi indiqué que la Confédération a déboursé jusqu’ici 140 millions pour l’aide à la Syrie et les pays voisins.

 Le ministre luxembourgeois de l’Immigration et de l’Asile, Jean Asselborn, dans son intervention, a rappelé que « pour contribuer à l’effort collectif en faveur des réfugiés syriens et pour exprimer sa solidarité avec les pays avoisinant la Syrie, le Luxembourg a accueilli un premier groupe de réfugiés syriens sur son territoire en avril 2014 ». Alors qu’en ce moment même, une mission luxembourgeoise se trouve en Turquie pour organiser l’accueil d’un deuxième groupe de réfugiés, le ministre a indiqué que « nous atteindrons ainsi le nombre de 60 réfugiés que le gouvernement luxembourgeois s’était engagé à réinstaller. Au-delà de ces réinstallations, le Luxembourg accueille des réfugiés syriens dans le cadre de son quota annuel. Je m’engage donc à accueillir un nombre additionnel de réfugiés syriens en 2015. »

 En fin de la semaine dernière, une trentaine d’ONG, parmi lesquelles Médecins sans frontières, Care International et Amnesty International avaient demandé aux États Membres de prendre des engagements pour accueillir au moins 180.000. En relevant que 95% des réfugiés syriens vivent dans les pays limitrophes du conflit, exigeaient qu’au moins 5% d’entre eux soient réinstallés avant la fin de l’année 2015 dans d’autres pays, et un autre 5% d’ici 2016. Elles avaient dénoncé aussi la passivité des pays du Golfe, si proches de cette guerre, qui ne reçoivent personne, tout comme la Russie, acteur pourtant clé du conflit à l’échelle diplomatique.

 « Les pays riches n’ont accueilli qu’un nombre dérisoire de réfugiés syriens déplacés par la guerre, laissant le lourd fardeau aux pays voisins de la Syrie qui manquent de moyens », avait dénoncé vendredi Amnesty International à moins d’une semaine de la conférence à Genève.

 Trouver des terres d’asile dans des pays éloignés géographiquement et culturellement n’est pas toujours idéal dans la gestion humanitaire, en outre, les pays limitrophes ne vont plus supporter longtemps la pression, selon les ONG. Ces derniers mois, suffoquant sous le poids des arrivées, Liban, Turquie et Jordanie ont imposé des restrictions d’entrée sur leur territoire. Les populations civiles syriennes ne peuvent même plus fuir les bombes. La situation est intolérable.

 Antonio Guterres a souligné que ce programme de réinstallation vise également à prévenir l’afflux de réfugiés syriens par des routes plus dangereuses. Ainsi, depuis janvier , plus de 207.000 migrants (dont plus d’un tiers de Syriens) ont traversé la Méditerranée pour se rendre en Europe et 3.419 sont morts lors de cet exode.Il leur a rendu hommage en affirmant que «la résistance de ces pays a dépassé toutes les attentes». 

En outre, la Commission européenne et l’Italie ont signé, lundi 15 décembre, l’accord constitutif pour lancer le Fonds régional d’affectation de l’UE (EU Regional Trust Fund), « un nouvel outil de financement stratégique pour mobiliser davantage d’aide en réponse à la crise syrienne », a annoncé la Commission. Le financement de départ est de 20 millions d’euros du budget de l’UE et de 3 millions de l’Italie. Un financement supplémentaire est prévu pour 2015.Le fonds aura une dimension régionale et permettra à l’UE et aux États membres d’agir conjointement dans une réponse flexible et rapide aux besoins changeants. Le fonds fonctionnerait avec des coûts de gestion très bas et pourrait servir à l’avenir comme un moyen de financement pour la reconstruction post-conflit.

 « La crise de réfugiés syriens – a dit le Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini – est la pire depuis des décennies en Europe ». Le fonds,a ajouté Mogherini, « permettra d’accroître considérablement l’aide européenne », tandis que l’UE réaffirme son « engagement à parvenir à une solution politique à la crise. »

 Le commissaire de l’Union européenne pour la Politique régionale et de l’intégration européenne, Johannes Hahn, a ensuite commenté : « il est nécessaire de fournir une approche plus cohérente et forte étant donné que les conséquences directes du conflit pour la sécurité de l’UE sont déjà visibles aujourd’hui ».Le Ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Paolo Gentiloni, s’est dit « convaincu que ce nouvel outil permettra d’améliorer la qualité de l’assistance fournie aux réfugiés». Depuis 2012, a rappelé Gentiloni, l’Italie a fourni « une contribution totale d’environ 60 millions d’euros. » Avec cet outil, le pays est disponible à fournir une « réponse plus coordonnée à la crise ».

 

(Irene Capuozzo)

 

 

En savoir plus :

 

–         www.7sur7.be – Le PAM suspend son aide à 1,7 million de réfugiés syriens – 01/12/2014  (FR)

 –         www.7sur7.be – 180 millions d’euros pour aider les réfugiés syriens – 04/12/2014 – (FR)

 –         Gouvernement du Grand-Duché de Luxemburg – Jean Asselborn à la conférence ministérielle du HCR pour les réfugiés syriens à Genève – 10/12/2014 – (FR)

 –         www.20min.ch – Réfugiés syriens: davantage de places de réinstallation – 09/12/2014 – (FR)

 –         Tribune de Genève (www.tdg.ch) – Le HCR veut équilibrer, un peu, l’accueil des Syriens – 09/12/2014 – (FR)

 –         European Commission Press release – European Commissioner Dimitris Avramopoulos calls in Geneva for more protection and admission possibilities for Syrian refugees – 09/12/2014 – (EN)

 –         www.lepopulaire.fr – Syrie: la communauté internationale prête à accueillir plus de 100.000 réfugiés – 09/12/2014 – (FR)

 –       www.huffpostmaghreb.com – Les pays riches n’accueillent qu’un nombre « dérisoire » de réfugiés syriens, selon Amnesty – 05/12/2014 – (FR)

 –         www.theguardian.com – Take in Syrian refugees, aid agencies tell rich countries – 08/12/2014 – (EN)

 –         www.dailymail.co.uk – Countries vow to resettle more than 100.000 Syrian refugees: UN – 10/12/2014 – (EN)

 –         European resettlement network (www.resettlement.eu) – Unhcr pledging conference on resettlement and other forms of admission for Syrian refugees – 9/12/2014 – (EN)

 –         UNHCR – Resettlement and Other Forms of Admission for Syrian Refugees – 11/12/2014 – (EN)

 –         UNHCR – Governments at Geneva meeting agree to take in 100,000 Syrian refugees – 09/12/2014 – (EN)

 –         Al-Jazeera – Countries vow to double Syria refugees intake – 10/12/2014 – (EN)

 –     The New York Times, More Nations Pledge to U.N. to Resettle Syrian Refugees – 09/12/2014 – (EN)

 –         The Telegraph – Britain failing to resettle Syria refugees, 9/12/2014 – (EN)

 –         Euranet Plus – EU countries asked to accept more Syrian refugees – 9/12/2014 – (EN)

 –         Reuters – Rich countries urged to take 5 percent of Syrian refugees – 8/12/2014 – (EN)

 –         ECRE, Press Release – Humanitarian & human rights agencies urge governments to resettle 5% refugees from Syria by end of 2015 – 8/12/2014 – (EN)

 

Adeline Silva Pereira

Après avoir effectué la deuxième année du master Sécurité Globale analyste politique trilingue à l'Université de Bordeaux, j'effectue un stage au sein d'EU Logos afin de pouvoir mettre en pratique mes compétences d'analyste concernant l'actualité européenne sur la défense, la sécurité et plus largement la coopération judiciaire et policière.

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