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L’Euro comme étendard de la souveraineté Européenne ?

Bien loin du Mark, du Franc et de la lire, nous avons décidé dans cette article un peu spécial de parler de notre monnaie unique Européenne : l’Euro. Sujet banal dans une région pas franchement exotique, et pourtant, cela fait déjà 15 ans que chaque jour nous l’utilisons. Afin de répondre aux nombreux articles à ce sujet, nous tenterons ici d’évaluer l’importance de notre monnaie et le point de vue des eurosceptiques mais nous verrons également comment cet anniversaire porte à un débat beaucoup plus profond.

Tout à commencé en 1957, lors du traité de Rome où l’on a voté la création d’un marché unique afin bien sur, d’accroitre notre puissance économique mais aussi d’unir plus étroitement les peuples européens. C’est en 1992 que les choses se concrétisent lors du traité de Maastricht les pays de l’UE ont décidé d’établir les fondements de la monnaie unique en Europe conjointement avec la libéralisation des capitaux et la coordination renforcée des politiques économiques. C’est finalement le 1er janvier 2002 que l’euro arrivent dans nos ménages. Les pièces et billets de banques sont mis en circulation dans les 12 pays de la zone euro : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal.

Tout d’abord, il était important à l’époque de veiller à une plus grande intégration des pays membres. Or, la monnaie unique a une fonction rassembleuse comme le témoigne Dominique Gerbaud, rédacteur en chef de « La Croix » : « Lorsqu’on voyage, c’est souvent à partir du moment où on a changé de l’argent en monnaie locale que l’on se sent réellement dans le pays car la monnaie a une fonction d’intégration. C’est ce qui va se passer, et dans quelques années, probablement plus vite qu’on ne le croit, on se sentira Européens. ». Cette intégration par la monnaie relate bien l’envie de l’époque de « plus d’Europe ». Période de gloire de l’UE, si on peut l’appeler ainsi, il régnait encore à ce moment-là une certaine euphorie à l’idée de plus de souveraineté. Si les choses ont bien changé aujourd’hui, l’UE doit faire face actuellement à une vague d’eurosceptiques plutôt friand à un retour aux monnaies nationales.

Prenons pour exemple Marine Le Pen, elle aimerait une sortie concertée en affirmant que la fin de la monnaie unique sera favorable à tout les pays afin qu’ils puissent rétablir une monnaie adaptée à leur économie personnelle. « La monnaie unique a été construite par l’Allemagne pour l’Allemagne et qui est un costume qui ne va qu’à l’Allemagne ».  Cette monnaie est totalement inadaptée à nos économies et cette monnaie est une des raisons de la situation de chômage que vivent les pays de l’Union européenne. Alors, soit on arrive par la négociation, soit eh bien nous ferons un référendum comme la Grande-Bretagne, et on décidera de reprendre la maîtrise de notre monnaie » souligne t’elle. La monnaie unique lui semble être une soumission à l’Union Européenne et encore plus aux deux grandes puissances : les Etats-Unis et la Russie. Ces affirmations semblent cependant un peu rapides et manquent de fond. Remettons donc rapidement les points sur les « i » : une dissolution de la monnaie unique débouchera directement sur une refondation des Banques centrales nationales. Les pays seront donc au main de leurs Etats et les effets financiers se feront donc ressentir plus ou moins fortement dans les différents pays. La seule sureté actuellement est que cette période, si elle arrive un jour, sera très turbulente. Il existe aussi un problème non négligeable : les contrats qui furent conclus en euro devront nécessairement passer devant les tribunaux afin d’être remodelés. Un autre problème sera la méfiance face à nos marchés et donc un désengagement mondial. En gros, les craintes les plus virulentes reposeraient sur le retour à l’inflation des prix, une dette astronomique, les frontières qui se refermeraient,  ..

A coté de cela, des problèmes récurrents viennent entacher l’image de l’Euro. Il y a la question de la crise grecque et de nos économies qui porte au débat. Si la situation en Grèce a fortement mis la zone euro en difficulté, en Italie, l’économie a chuté depuis les années 2000 comme nous l’explique Jacques Sapir : « Ceci n’est le fait d’une crise brutale comme en Grèce. La productivité du travail, dont la croissance était comparable à celle de la France et de l’Allemagne de 1971 à 1999, stagne depuis 2000. L’écart s’est massivement ouvert avec ses voisins immédiats. Si l’on prend 1999 comme indice 100, on est en 2015 à 117 en Allemagne et en France, mais à 104,5 seulement en Italie. La raison de cette situation est, comme dans le cas de la France, l’écart qui s’est créé entre le taux de change virtuel du Deutsch Mark, que l’on peut calculer par l’évolution de la productivité et de l’inflation en Allemagne, et le taux de change virtuel de la Lire. Une étude du Fond Monétaire International montre que le Mark est virtuellement sous-évalué de 15% (au taux de change de l’euro) quand la Lire est, elle, surévaluée de 10%. Cet écart de 25% est la cause de biens des malheurs de l’économie italienne, tout comme pour le cas de la France où cet écart atteint 21%. »  Tout ces problèmes découlent d’une mal formation à la naissance, d’un manque de sécurité et de souveraineté mais également d’un système fort qui permettrait de synchroniser nos investissements afin de faire grandir nos économies à défaut de les faire stagner et régresser.

Est-ce une aberrance démocratique d’avoir une monnaie unique sans gouvernement représentatif ?

En outre aujourd’hui, il est intéressant de se demander pourquoi sommes-nous dans ce qu’on pourrait appeler une « crise de l’Euro ». Les nombreux eurosceptiques des pays membres ont évidemment un rôle important à jouer mais pas seulement. Est- t’il réellement possible d’envisager une monnaie unique tout en conservant les souverainetés nationales et du coup les démocraties? La grande majorité des Etats membres ne sont pas du tout prêt à troquer leur souveraineté nationale afin de sauver l’Europe. C’est un peu un débat qui arrive à la surface par un événement indépendant (les 15 ans) mais qui n’a pas vraiment raison d’être. Alors oui, on a raison de s’en faire, de se demander si cette monnaie unique est réellement envisageable dans un marché commun sans normes sociales protégées. On a aussi raison de se soucier de nos économies sans boucliers. S’il est bien trop tôt pour parler d’une Europe « mort-née », il est urgent d’être cohérent dans nos politiques, il est urgent d’accorder nos économies, il est urgent d’établir des plafonds et de coordonner nos législations, il est urgent de sortir de ce magma bureaucratique et enfin, il est urgent de devenir « souverainement européens » comme le disait Raphael Glucksmann.

Victoria Bonaert

En savoir plus :

-http://russeurope.hypotheses.org/5484

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20170106.OBS3472/l-europe-deviendra-t-elle-enfin-adulte-par-raphael glucksmann.html utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox&utm_source=Facebook&utm_term=Autofeed#link_time=1483863056

– http://www.actionfrancaise.net/craf/?Jacques-Sapir-L-agonie-de-l-Euro

Adeline Silva Pereira

Après avoir effectué la deuxième année du master Sécurité Globale analyste politique trilingue à l'Université de Bordeaux, j'effectue un stage au sein d'EU Logos afin de pouvoir mettre en pratique mes compétences d'analyste concernant l'actualité européenne sur la défense, la sécurité et plus largement la coopération judiciaire et policière.

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