Retour sur les élections européennes: l’Europe immobile face à la montée des extrémistes de droite.

Editorial lettre d’information 70 ( voir EU-logos pour l’ensemble des lettres )

Une inquiétude, la difficulté à répondre aux questions des électeurs. L’attention doit être portée ailleurs que sur les résultats : la montée des extrémistes de droite malgré des résultats globalement modestes mais durables. L’Europe reste comme interdite, sans réaction face à cette montée des excès.


Si l’extrême droite n’a pas fait de percée, elle a augmenté, parfois de façon spectaculaire, dans certains pays et dans d’autres en revanche elle est en recul. Ainsi son poids relatif au sein du nouveau Parlement reste stable, même s’il est plus visible et donc circonscrit. En comparaison l’extrême gauche perd du terrain. Les eurosceptiques (conservateurs britanniques, tchèques et polonais) n’ont pas fait la percée qu’ils espéraient et pour certains d’entre eux, ils se sont isolés,  marginalisés, perdant de leur capacité d’influence pour beaucoup d’entre eux. Emblématique, la défaite retentissante de Libertas .

La « parti  pro européen »  toutes tendances confondues sort renforcé.

Certes, on peut dire que le premier parti reste celui des abstentionnistes, mais c’est une affirmation réductrice : la participation a progressé dans 11 pays sur 27, dont 5 dans les nouveaux pays membres. N’oublions pas qu’en trente ans le nombre et la diversité des pays votants a singulièrement augmenté, le rôle grandissant du Parlement européen comme  co-législateur a bouleversé les données. La base de comparaison a changé. La tendance persiste mais avec une coupure qui ne date pas de l’arrivée de nouveaux Etats membres mais remonte à 1999 avec l’arrivée en 1995 de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande. Une analyse attentive nuance les propos trop souvent  à l’emporte pièce stigmatisant tel ou tel groupe de pays: compte tenu de son poids démographique et donc électoral, la baisse de 2,11% de la participation en France a plus d’impact que la chute de 27 % de la participation en Lituanie. Il convient donc de se méfier d’une perception globale.

Il n’en reste pas moins qu’il devient urgent de continuer à s’interroger sur les origines communautaires et nationales, sans privilégier les unes par rapport aux autres, d’une participation globalement modeste. Il faut  mettre en œuvre des débuts de solutions, sans tarder, tout en sachant qu’elles ne porteront que sur le moyen terme. L’intégration communautaire n’a pas produit le miracle démocratique, mais reconnaissons dans le même temps que l’abstention est plus le résultat de la faiblesse de l’offre politique et de l’animation insuffisante par les partis que du désintérêt des électeurs. C’est moins un échec ou une sanction qu’un défi à relever. Un long chemin reste à parcourir mais en ayant  présent à l’esprit que la participation décevante des électeurs ne compromet en rien la qualité des élus. Cette participation décevante n’interrompt pas plus la marche en avant du Parlement et si tel devait être le cas, à l’avenir, le taux de  participation des électeurs n’en serait pas la cause.

Plus inquiétant, la campagne électorale a donné lieu à des débordements et manifestations devant lesquels les gouvernements et les institutions européennes restent passives. Des propos racistes, des clips néo-nazis, des propos violemment racistes sont apparus : en Tchéquie un clip réclamait la solution finale pour les Roms. Le slogan du Parti de la Liberté néerlandais, « moins d’Europe, plus de Pays-Bas, jamais de Turquie » a fait 17% des voix et a été repris avec différentes variantes dans beaucoup trop de pays. Belgique 28,5% des voix, Autriche 17% des voix, Hongrie 14% des voix, Danemark 14% des voix, et en Italie malgré  les gesticulations du premier ministre allant dans le même sens, la Ligue du nord a rassemblé plus de 10% des électeurs. Le BNP britannique envoie deux représentants au Parlement européen. Notons que ce succés, tout relatif, est essentiellement dû à l’abstention forte des électeurs travaillistes puisque le Yorkshire est un fief travailliste et le BNP n’y a progressé que de seulement 1%. L’extrême droite grecque y fait, elle aussi, son entrée après une campagne violente. Depuis décembre de l’année dernière on assiste à une montée inquiétante des extrêmes et avec l’aide des conservateurs, l’extrême droite a fait voter une loi violemment répressive anti immigration.

Sans doute sommes-nous trop confiants dans le sentiment démocratique de la population, sans doute hésitons nous à contenir avec vigueur l’expression de ces extrémistes, eux-mêmes violents. Nous avons tort car la contagion nous guette et avec elle le retour de déviances que l’on croyait avoir chassées définitivement. Certes il y a un déficit dans l’analyse, mais cette situation appelle aussi une réponse ferme et forte. Elle  s’impose.

A l’évidence les européens sont inquiets, leurs angoisses les rendent nerveux et favorisent le repli identitaire. Le désarroi est réel: il est significatif que le parti vainqueur des élections, le PPE, ait choisi comme slogan de campagne, « l’Europe qui protège », une formule ambiguë, peu mobilisatrice et  pouvant apporter son lot habituel de malentendus. Jusqu’à aujourd’hui la mondialisation avait créé chez beaucoup un sentiment  diffus de confiance (sauf en France) et le message européen d’ouverture sur le monde était bien accueilli. Ce n’est plus le cas et les convictions en sortent ébranlées. L’Europe est suspectée de relayer la mondialisation, désormais honnie. La gauche voire l’extrême gauche aurait pu relever le défi protestataire. Tel n’a pas été le cas, dans le discours protestataire, la gauche et l’extrême gauche ont été supplantées par l’extrême droite. L’Union européenne et ses institutions prêtent trop passivement le flanc à la critique facile qu’ils s’agissent des immigrés, des roms, de l’islamophobie, l’élargissement dénoncé comme « sans fin » etc. Attitude dangereuse et persistante : lorsqu’une institution  comme la Commission européenne est interpellée sur la criminalisation du délit d’immigration clandestine en Italie, elle ne doit pas répondre que cela ne relève pas de la compétence de l’Union européenne, mais de la souveraineté absolue des Etats, comme il a été répondu par le porte-parole de Jacques Barrot à un journaliste qui l’interrogeait en salle de presse. C’est incontestablement un mauvais signal envoyé au mauvais moment. Plus raisonnable, l’appel du vice-président Jacques Barrot demandant que l’Union européenne engage une réflexion sur le port de la burqa. Demander qu’on engage ensemble une réflexion ce n’est pas appeler à légiférer pour ou contre le port de la burqa et poser d’emblée le problème de la compétence communautaire. C’est une démarche judicieuse: face aux grands problèmes de société, qu’ils relèvent ou non de la compétence exclusive des Etats, l’Union européenne ne peut pas se permettre de diverger, même si la contrainte juridique n’est pas toujours au rendez-vous. Par exemple concernant la criminalisation de l’immigration illégale, constatons que l’Italie dans l’état actuel des choses reste fortement minoritaire. Il faut oser en tirer les conséquences.

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