Sur la protection sociale et l’inclusion sociale : la feuille de route, dix ans après Lisbonne.

La Commission européenne vient d’adopter la proposition de «  rapport conjoint 2010 », future véritable feuille de route sur la protection sociale et l’inclusion sociale. Il examine comment faire face aux conséquences de la crise : régime des retraites, logements, sécurité des épargnants.


Les messages clés sont les suivants :

-.1 Le coût humain total de la crise reste difficile à évaluer à l’heure actuelle et les répercussions sur le marché du travail et sur la population, en particulier les groupes les plus vulnérables, ne sont pas encore tous clairement perceptibles. Il est donc essentiel d’investir dans le suivi régulier des tendances sociales et l »amélioration des statistiques en la matière pour pouvoir mettre au point rapidement des mesures et d’en évaluer l’efficacité.

-.2 Tous les Etats membres n’ont pas les moyens financiers de répondre à la demande croissante en matière de protection sociale et les filets de sécurité existants comportent souvent des brèches importantes. Colmater de telles brèches est désormais une priorité.

-.3 Il faut accroître l’efficacité de l’inclusion sociale et de la protection sociale, conformément aux principes de l’accès universel, de l’adéquation et de la viabilité.

-.4 La lutte contre le chômage et la promotion des marchés du travail devraient aller de pair. La reprise étant en vue, les politiques doivent préparer les citoyens à saisir les occasiions professionnelles qui s’offriront à eux, encourager les emplois de qualité et éviter la dépendance de longue durée. L’inclusion active peut concilier les objectifs de lutte contre la pauvreté, d’augmentation de la participation au marché du travail et l’accroissement de l’efficacité des dépenses sociales.

-.5 Dans nos sociétés vieillissantes et en évolution rapide, il est essentiel de prévenir et combattre la pauvreté, en particulier chez les enfants, afin de préparer l’Europe pour l’avenir et d’éviter de gaspiller le potentiel humain, des femmes comme des hommes.

-.6  Il est important que les politiques de l’après-crise comprennent des stratégies intégrées visant à lutter contre l’exclusion en matière de logement et le « sans-abrisme » de manière à bâtir des sociétés caractérisées par la cohésion et la durabilité environnementale.

-.7 La détresse économique sape la santé mentale et physique et risque d’accroître les inégalités en matière de santé. Les incidences de la crise dépendront de la situation initiale des Etats membres en matière de santé ; La demande croissante, associée aux fortes pressions budgétaires, rend encore plus urgente l’amélioration de l’efficacité des systèmes de soins de santé. Le défi consiste à augmenter l’efficacité tout en garantissant l’accès universel à des soins de qualité.

-.8 La crise et les perspectives de croissance revues à la baisse auront probablement  des incidences sur tous les types de régime de retraite, ce qui aggrave les problèmes dus au vieillissement. Etant donné que les retraites dépendent de plus en plus des cotisations liées aux revenus versés pendant toute une vie, leur adéquation sera fonction de la capacité des marchés de travail à offrir des possibilités de carrières plus longues et plus complètes.

-. 9 L’évolution marquée vers des régimes par capitalisation fait apparaître certain des coûts des retraites futures dans une société vieillissante et accroît l’exposition des systèmes de retraite futurs dans une société vieillissante. La capacité variable des régimes par capitalisation à surmonter la crise montre que les différences sur les plans de la conception, de la règlementation et de la stratégie d’investissement ont une importance. Il sera donc important de trouver un meilleur équilibre entre la sécurité des épargnants et l’accessibilité financière d’une part et les gains et pertes potentiels d’autre part.

-.10 La crise a mis en évidence la valeur ajoutée de la coordination stratégique passant par la méthode ouverte de coordination dans le domaine de la protection sociale et de l’inclusion sociale et donné une nouvelle bonne raison d’exploiter pleinement le potentiel de cette méthode.

-.11 Après avoir tiré les leçons de la crise et de dix ans d’application de la stratégie de Lisbonne, il faudra favoriser une croissance durable, la création d’emplois et la cohésion sociale et évaluer systématiquement les progrès réalisés en matière sociale, y compris pour ce qui est de l’égalité entre hommes et femmes ;

En conclusion la Commission souligne que l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale 2010 est l’occasion idéale pour réaffirmer avec force l’engagement pris par l’Union il y a dix ans de donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Manifestement le rapport conjoint, un rituel  (FR)  http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2010:0025:FIN:FR:PDF (EN)  http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2010:0025:FIN:EN:PDF de nature purement procédurale, ne créera pas cette dynamique de la réduction importante de la pauvreté d’ici 2012 si on devait en rester là.

Le discours de Laszlo Andor, commissaire en charge de l’emploi et des affaires sociales, à l’inauguration à Paris (après celle de Madrid du 21 janvier) de l’Année européenne de lutte contre la pauvreté marque  une rupture avec les pratiques du passé en ce qu’il exprime une réelle tentative pour répondre à la question que peut-on attendre de l’Europe dans la lutte contre la pauvreté ? (cf. infra le sondage de l’Eurobaromètre). Martin Hirsch, au Haut Commissaire français aux solidarités actives et à la Jeunesse, avait constaté un paradoxe, « le paradoxe, c’est que les citoyens attendent de l’Europe qu’elles les protègent de la pauvreté, mais ils ont plutôt le sentiment qu’elle les menace ». Laszlo Andor lui a répondu que l’Europe travaille actuellement à la nouvelle stratégie UE 2020 pour la croissance et l’emploi, à la promotion d’une économie sociale de marché plus verte, plus compétitive et plus socialement inclusive. Dans cette perspective, il a exprime sa conviction : « je crois personnellement que nous devons établir des objectifs concrets de réduction de la pauvreté au niveau européen. Il s’agirait là d’un signal fort comme quoi l’UE s’engage sincèrement pour que l’on obtienne des résultats visibles dans ce domaine, surtout dans le contexte de cette année 2010 ». Il a poursuivi en indiquant qu’il accueillait très chaleureusement l’objectif de Martin Hirsch de réduire de un tiers la pauvreté d’ici 2012. « La pauvreté n’est pas seulement une question de revenu, c’est aussi une question de manque d’opportunités. L’accès au marché du travail est un facteur clé dans la lutte contre la pauvreté et la rupture du cycle de l’exclusion ».C’est pourquoi il y a un besoin urgent de diminuer le nombre de travailleurs pauvres, de faciliter l’intégration des jeunes sur le marché du travail, d’augmenter le taux d’emploi des plus de 50 ans, de garantir aux travailleurs qui perdent leur emploi d’en retrouver un nouveau rapidement, a souligné le commissaire en concluant sur la nécessité de réformer nos systèmes d’avantages sociaux : il est clair que les systèmes de protection sociale de chaque pays seront sous une pression fiscale croissante dans les prochaines années.

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