Rencontre interreligieuse pour la paix en octobre à Assise. « Dieu est à l’œuvre en tout homme » quelle que soit sa religion (Benoît XVI)

Benoît XVI a dénoncé,  au premier jour de l’année, les violences contre les communautés chrétiennes à travers le monde et annoncé la tenue en octobre à Assise d’une rencontre interreligieuse pour la paix dans le monde.  Face aux attentats sanglants, il met en garde contre la tentation de l’islamophobie, appelle les gouvernements à lutter contre l’intolérance religieuse, et les religions à prier ensemble pour la paix.

« Chacun doit respecter le pluralisme ». D’où cette « philosophie » en trois points, qui présidera probablement à la prochaine rencontre d’Assise : d’abord « les croyants doivent prendre conscience du contenu de leur foi » ; puis « ils doivent être conscients que la personne qui est à nos côtés, à laquelle nous devons nous confronter, est un croyant et mérite le respect, la compréhension, la liberté d’expression » ; enfin, « chacun doit respecter le pluralisme, devant être conscient que Dieu est à l’œuvre en tout homme. »

Place Saint-Pierre, le pape a précisé que cette réunion, vingt-cinq ans après celle organisée par son prédécesseur Jean Paul II dans la ville de saint François,  visait à « renouveler solennellement l’engagement des croyants de toute religion à vivre leur propre foi religieuse au service de la cause de la paix ». De nombreux dirigeants religieux venus du monde entier, protestants comme l’archevêque de Cantorbéry, bouddhistes comme le dalaï-lama, juifs et musulmans avaient participé à la rencontre d’Assise le 27 octobre 1986 et prié pour la paix. Le futur pape, alors cardinal Ratzinger, avait exprimé ses réserves, méfiant à l’égard de tout « relativisme ».

A l’occasion de ce 1er janvier, proclamé par l’Eglise catholique Journée mondiale de la paix, le pape a dénoncé l’attentat à la voiture piégée qui a fait au moins 17 morts et des dizaines de blessés vendredi soir devant une église copte d’Alexandrie, dans le nord de l’Egypte. « L’humanité (…) ne peut se résigner aux forces négatives de l’égoïsme et de la violence, elle ne doit pas s’habituer aux conflits qui font des victimes et mettent en danger l’avenir des peuples », a déclaré le souverain pontife dans son homélie du Nouvel An, devant 10.000 fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

« Face aux menaces et aux tensions du moment, face en particulier aux discriminations, aux abus et à l’intolérance religieuse, qui frappent aujourd’hui de manière particulière les chrétiens, je vous invite une nouvelle fois à ne pas céder au découragement et à la résignation », a ajouté Benoît XVI.

Le Haut-Commissariat de l’Onu pour les réfugiés a indiqué la semaine dernière qu’un millier de familles chrétiennes, soit environ 6.000 personnes, avaient gagné le Kurdistan irakien en provenance de Bagdad, Mossoul et d’autres régions.

Devant le drame du massacre d’Alexandrie, le pape s’est déclaré « Profondément bouleversé », dénonçant une violence « voulue et calculée ». Puis lors de l’Angélus du 2 janvier, il a dénoncé ce « geste lâche » et « encouragé les communautés ecclésiales à persévérer dans la foi et dans le témoignage de non-violence qui vient de l’Évangile ». Là est le point crucial pour le pape.

Le journal la Croix du 3 janvier rappelle le cheminement du pape depuis la précédente rencontre d’Assise mais aussi et surtout depuis son fameux discours de Ratisbonne : un long cheminement où il a  multiplié les signes de dialogue envers l’islam. Ayant pris conscience, dit-il dans son dernier livre (1), des « événements effroyables » qui ont suivi son discours de Ratisbonne le 12 septembre 2006, il a reçu au Vatican, le 6 novembre 2007, le roi d’Arabie saoudite. « Nous avons eu une très bonne discussion, confie le pape. Il veut prendre position avec les chrétiens contre le détournement terroriste de l’islam. »

Lorsqu’il reçoit, le 2 mai 2008, une délégation de musulmans chiites iraniens, les deux parties affirment que « la foi et la raison sont par elles-mêmes sans violence et ne devraient jamais être utilisées en ce sens ».

Lorsque la perspective du synode pour le Moyen-Orient est endeuillée par l’assassinat de Mgr Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie (Turquie), Benoît XVI récuse, y compris face à certaines voix de la Curie romaine, toute interprétation religieuse ou politique de ce drame.

Lorsqu’il appelle à nouveau à la paix et à la liberté religieuse, le matin de Noël depuis la basilique Saint-Pierre, le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est à ses côtés, lui qui, deux jours plus tôt, a longuement détaillé dans L’Osservatore Romano la ligne pontificale.

Certes, le cardinal note que des lieux de culte sont visés alors que des croyants y sont rassemblés pour la prière, mais « nous sommes convaincus que ces actions extrémistes ne sont pas significatives du monde musulman ».

Certes, « les chrétiens sont encore considérés comme des citoyens de seconde zone », mais « nous appartenons tous à la même humanité. Nous devons nous parler, dialoguer, confronter nos principes, sans céder à aucun syncrétisme. »

« Chacun doit respecter le pluralisme »

C‘est ce même souci de modération et d’apaisement qui a conduit le Vatican à minimiser les déclarations,  les critiques du grand imam d’Al-Azhar qui ne seraient qu’un malentendu. Il n’y a pas d’ingérence dans les affaires égyptiennes.

Le grand iman avait critiqué, dimanche 2 janvier, l’appel du pape Benoît XVI aux dirigeants du monde à protéger les chrétiens après l’attentat d’Alexandrie, estimant qu’il s’agissait d’une ‘ingérence inacceptable’ dans les affaires égyptiennes.’Le pape (…) a parlé naturellement de la solidarité avec la communauté copte frappée si durement, mais ensuite il a aussi manifesté de l’inquiétude et de l’intérêt pour les conséquences des violences sur toute la population, tant chrétienne que musulmane’, a déclaré le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, cité par l’agence italienne Ansa.

‘Par conséquent, on ne voit pas comment cette démarche du pape, désireux d’inspirer à tous la non-violence, peut être considérée comme une ingérence’, a-t-il affirmé. ‘Je crois qu’il y a des malentendus dans la communication, mais je ne crois pas qu’il faille insister sur ces déclarations de l’imam’, a-t-il ajouté. ‘Nous avons fait référence à une attaque contre une église chrétienne et donc nous nous sommes inquiétés pour les minorités chrétiennes subissant des violences mais cela ne veut pas dire que nous voulons justifier ou minimiser la violence contre les fidèles d’autres religions’, a-t-il expliqué. Le pape avait déclaré samedi à Rome que ‘face aux discriminations, aux abus et aux intolérances religieuses, qui frappent aujourd’hui en particulier les chrétiens (…) les paroles ne suffisent pas, il faut l’engagement concret et constant des responsables des nations’. Réagissant à ces propos, Ahmed al-Tayyeb, l’imam d’Al-Azhar, responsable de la grande institution de l’islam sunnite basée au Caire, avait dit : ‘Je ne suis pas d’accord avec le point de vue du pape, et je demande pourquoi le pape n’a pas appelé à la protection des musulmans quand ils se faisaient tuer en Irak ?’

(1) Lumière du monde, Bayard, 21 €.

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