Charlie hebdo vu de Turquie, deux mois après

Au lendemain des attentats de Paris, Eulogos avait publié un article « Charlie-Hebdo vu de Turquie, de Russie et des Etats-Unis ». Deux mois après qu’en est-il ? Rien n’a vraiment changé, à bien des égards la situation s’est même aggravée. L’ Europe de l’ouest n’a toujours pas trouvé sa ligne de conduite face au retour du religieux.

Au cours de ces dernières semaines la justice turque a interdit à 49 sites internet, dont celui de Charlie-Hebdo, pour « insultes contre les valeurs religieuses et sacrées qui peuvent perturber la paix sociale ». Dans son arrêt du 27 février, un tribunal de Gölbasi (district de Ankara) a ainsi interdit certaines pages de Wikipedia, de Facebook et de Twitter. Les pages de deux sites locaux qui avaient publié les versions en turc du premier numéro post-attentat de Charlie-hebdo du 7 janvier ont également été interdites. Tout comme le site de la Nouvelle Association de l’athéisme.

Le tribunal était saisi d’une plainte par la Tib, l’Autorité turque des télécommunications, organe officiel de régulation de l’ensemble des communications électronique. Elle s’est basée sur l’article 216 du code pénal turc, qui prévoit des sanctions contre « ceux qui provoquent la population à l’animosité et la haine par des blasphèmes ». L’écrivain d’origine arménienne Sevan Nisanyan et le pianiste Fazil Say ont notamment été condamnés en vertu de cet article.

Selon les statistiques de la société Engelli Web,67 683 sites étaient interdits d’accès en Turquie. En 2014, la TIB a censuré 22 645 sites sans attendre de décisions judiciaires. La justice,elle, a produit 3094 arrêts visant l’interdiction de 16 600 sites en 2014.

Peut-on tirer une leçon de tout cela ? Difficilement étant donné la nature du sujet : il est difficile d’invoquer un défaut constitutionnel de l’UE comme on le fait habituellement. Il lui faut faire appel à une terminologie pour laquelle l’UE n’a pas de pratique, ni d’expériences confirmées : or la religion est l’une des clés pour comprendre l’homme et si l’on ne parle que de cela aujourd’hui, c’est qu’il a bien une raison, même si on ne veut pas se l’avouer.. La laïcité érigée en dogme absolu ne tourne-t-elle pas à la répression antireligieuse s’interroge Olivier Roy (éminent spécialiste de l’Islam et professeur à l’Institut européen de Florence) dans le journal la Croix du samedi 7 mars. Espérer une homogénéité culturelle, politique, religieuse, n’est-ce pas le contraire de la liberté, poursuit-il. Il critique l’extrême droite et une partie des chrétiens, les traditionalistes plus particulièrement, qui au nom de la laïcité veulent conserver des symboles identitaires très chrétiens et rejeter les autres sans comprendre qu’on ne peut pas être un antireligieux sélectif. C’est un débat d’une grande difficulté dans lequel personne ne s’est engagé franchement. A ce jour, l’invitation faite au Parlement européen du Pape François de s’ouvrir simplement à « la transcendance », d’y être sensible, de s’interroger à ce sujet, rien de plus, n’a pas été entendu. Le pape François , pourtant, faisait remarquer que c’était là un des moyens les plus efficaces pour combattre les extrémistes et fondamentalistes religieux de plus en plus souvent violents, destructeurs , barbares.

 

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