La menace virtuelle du crime organisé et son avenir: un rapport de Europol et les stratégies à adopter.

 “Organised crime is dynamic and adaptable and law enforcement authorities across the EU are challenged to keep peace with the changing nature of this substantial and significant threat.” (Rob Wainwright, Directeur de Europol)

 L’art. 2 de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée énonce au premier paragraphe “l’expression “groupe criminel organisé” désigne un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies conformément à la présente Convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel”. Le scénario socio-économique de nos sociétés est en train de changer au vu d’un monde de plus en plus interconnecté.Les cybercriminels sont en train d’agir comme parties d’une communauté virtuelle, très fragmentée et extrêmement dynamique. Ils travaillent toujours en freelance, pas comme éléments d’un groupe ou d’un réseau criminel, mais comme des entrepreneurs individuels.  

   Les actions cybercriminelles ont une incidence préjudiciable et réelle sur les organismes du secteur public, les entreprises et les citoyens européens. Considérer ce danger dans une perspective plus vaste, c’est essentiel pour mieux comprendre les risques d’une menace qui croît de jour en jour, en particulier pour déterminer l’intervention appropriée.

 Eurobaromètre: quelques données.

    L’étude d’opinion publiée le 16 février 2015 vient de révéler le sondage sur la cybersécurité dans les 28 Pays de l’UE, puisque l’échelle du cybercrime devient une menace pour les capacités de réponse des actions de répression européennes.  

Bien que les ordinateurs restent les outils, les plus utilisés pour accéder à internet, on constate que l’emploi des smartphones et des tablettes s’est accru considérablement depuis le dernier sondage de Cependant il y a une grande différence entre les pays européens. Pour illustrer ce qui vient d’être dit, les personnes sondées en Suisse, Hollande et Danemark font un usage plus grand d’internet (87%), mais elles sont aussi plus informées par rapport aux risques du cybercrime et, par conséquent, elles sont plus susceptibles de prendre des mesures de sécurité. Par contre, il a été montré que des pays comme la Roumanie, la Grèce, la Bulgarie et le Portugal connaissent une baisse de l’emploi d’internet (54% – 60%), en plus l’information sur les risques est faible. 

En présence de ces données, il a été constaté que seulement la moitié des internautes européens (47%) est bien informée des risques du cybercrime, par contre 10% sont très bien informés et 37% assez bien informés. Par rapport au sondage de 2013, il y a eu une légère augmentation de l’information à cause de l’accroissement du niveau de de conscience des internautes d’être victimes de fraudes bancaires (63%), piraterie des comptes (60%), fraudes en ligne (52%) et de trouver des contenus qui promeuvent la haine raciale et l’extrémisme religieux (46%).

 L’avenir du cadre criminel: les changements dans le scénario européen.  

   Le 2 mars 2015 l’organisme de lutte contre la criminalité de l’UE, Europol, a publié un rapport sur les risques des infractions virtuelles criminelles dans l’avenir, en soulignant que les changements dans nos sociétés vont ouvrir de nouveaux canaux pour le crime organisé.  

En présence de ce cadre, les criminels apprennent à exploiter les nouvelles technologies, en engendrant un modus operandi qui mettra à rude épreuve les autorités de répression européennes pour développer des nouvelles mesures d’investigation et freiner la menace du crime organisé.

 Dans le royaume de la cybercriminalité est en train de naître un marché criminel dynamique, lequel va s’étendre sur les domaines qui appartiennent maintenant à la criminalité traditionnelle, c’est-à-dire le trafic des stupéfiants, la facilitation de l’immigration illégale, le blanchissement d’argent, l’exploitation des enfants et du sexe, en plus de la violation de la propriété intellectuelle, les vols d’identité et les fraudes diffusées sur internet.

 Les cybercriminels sont des criminels entrepreneurs, lesquels élaborent des projets de base dans le cadre d’une criminalité considérée comme un service en ligne (crime-as-a-service business model). À ce propos, les infrastructures digitales leur garantissent l’anonymat et une relative sécurité, afin que le commerce illicite des produits et l’échange d’argent puissent augmenter dans le royaume virtuel où les interactions face-to-face, donc la probabilité d’être démasqués, est presque nulle.

 Dans ce cadre criminel, la monnaie virtuelle est un moyen qui permettra un échange anonyme plus facile et une utilisation croissante de ressources financières sans un haut et coûteux blanchiment de monnaie. Il sera plus facile pour les nouveaux cybercriminels d’impliquer une grande majorité de clients européens pour développer et renforcer leurs activités.

 Ce marché criminel diversifié, mondial et dynamique rendra plus compliqué les actions de sécurité puisque les cybercriminels vont diversifier leurs activités et leurs compétences. Les tendances criminels vont améliorer leurs objectifs, complexité, nombres et genres d’attaques, de victimes et dommages.  

  • Transport et logistique: plusieurs mobilités.

 La croissance du commerce mondial et la demande croissante d’une mobilité plus efficace par la population, vont rendre nécessaire de renouveler les infrastructures de transport et de développer de nouvelles routes et nouveaux hubs mondiaux. Il y aura une liaison entre la naissance de nouvelles infrastructures et le monde digitalisé. Beaucoup d’argent sera investi sur l’innovation des infrastructures digitales pour assurer une efficacité des transports.

 Cependant l’emploi des Big data et des services cloud-based seront une cible significative pour les cybercriminels, puisque ils pourront les attaquer à travers la piraterie informatique et les infiltrations à l’intérieur des secteurs de transport. Plus il y aura de mobilité, plus la criminalité sera fragmentée, rapide et répandue.  

  • L’exposition des données sur internet.

La cristallisation de l’augmentation des informations sur internet, facilitée par l’utilisation des dispositifs sans fil, va diffuser une grande quantité, mais aussi en qualité, de données. Les détails biographiques, personnels, biométriques, mais aussi la diffusion des comptes bancaires non seulement individuels, seront toujours plus exposés, et apporteront beaucoup d’opportunités aux cybercriminels. Plus de données seront diffusées sur le réseau informatique, plus les cybercriminels obtiendront les informations pour propager le commerce illicite.

La prochaine génération de la technologie: les nanotechnologies et la robotique

 La nanotechnologie et la robotique seront les nouvelles grandes révolutions de la technologie. La première permettra de structurer la matière comme si on assemblait des blocs de construction; la robotique participera à améliorer la productivité et la sécurité. Il y aura une réduction du prix de la manufacture, qui deviendra une production de masse qui aura des conséquences importantes sur la société européenne.

L’accessibilité aux nanotechnologies pourra fournir aux cybercriminels l’opportunité d’altérer ou développer des substances psychoactives et ainsi qu’un marché pour obtenir drogues et produits contrefaits. Par contre, les nanotechnologies constitueront un terrain fertile pour que la criminalistique (science criminelle) accède aux instruments scientifiques.

 E-waste

 La production de déchets d’équipements électriques et électroniques en Europe a augmenté dramatiquement dans les 50 dernières années. Les statistiques ont analysé environ 48,9 millions de déchets en 2012 et il est prévu une augmentation de 65, 4 à 93,5 million en 2017. Ces sous-produits menacent d’émerger comme des outils principaux dans l’avenir criminel. La prolifération de ces déchets permettra le commerce, le troc et le trafic à l’échelle mondiale de métaux précieux (or; argent; nickel; palladium), de la même manière que la drogue et les armes et les produits contrefaits.

   La prospérité en baisse et les disparités socio-économiques dans l’UE

 Les difficultés économiques ont été toujours un terrain fertile pour le crime organisé. L’absence de sources économiques alternatives et le pouvoir d’achat en baisse, rapprochent certains citoyens du crime organisé. Le marché de la drogue changera puisque les bas prix conduiront à la prolifération des nouvelles substances psychoactives. De la même façon il y aura une grande demande de produits contrefaits, par conséquent une augmentation du travail illégal.  

Les problèmes de nos économies vont apporter aux organisations criminelles de nouveaux moyens de recrutement et aussi contribuer à rendre socialement acceptable un environnement qui promeut la corruption.

 La monnaie virtuelle au coeur de la cybercriminalité

 La naissance de la monnaie virtuelle est un sujet de débat intéressant. Ce nouveau moyen d’achat est né dans le but de réaliser des achats en ligne sans laisser de trace des coordonnées bancaires. Mais dans le même temps la monnaie virtuelle a présenté des avantages pour la cybercriminalité, en facilitant les échanges de fonds parmi les acteurs criminels et aussi en jouant un rôle fondateur pour le marché noir en ligne en raison de ses caractéristiques qui garantissent l’anonymat, la sécurité et la flexibilité dans les affaires criminelles.“Collaboration for bringing about a safer world needs to go beyond traditional frameworks that bind law enforcement and international police cooperation” (Glyn Lewis, directeur de l’unité ‘criminalité spécialisée et analyse’ de l’Interpol).

    La globalisation de la cybercriminalité a ouvert un large débat sur la question de la cyber-sécurité entre les décideurs européens, les agences de répression et les chercheurs. Dans l’optique de garantir la sécurité informatique et freiner la menace globale qui nous entoure, il faut que les actions d’ordre et de répression européennes, mais en général internationales, développent les solutions les plus efficaces. Dimitris Avramopoulous, commissaire à la Migration et aux Affaires intérieures, a affirmé “maintenant plus que jamais il faut d’urgence s’occuper du crime organisé. Pendant que l’économie licite est en train de souffrir, l’économie illicite va devenir plus forte”.

 L’émergence de “Internet of everything” et l’augmentation des Big data mettrons à rudes épreuves les actions d’investigation, de surveillance et d’identification des suspects. À ce sujet Jörg Ziercke a affirmé: “Le but c’est de recruter du personnel qualifié, en particulier dans les domaines qui demandent une compétence technique pour répondre rapidement aux changements technologiques et rapides du crime”. Il faudra, donc, que les actions d’ordre développent plus de solutions techniques, en recrutant beaucoup d’experts super compétents, et qu’ils investissent plus de ressources financières.

 Une des tendances d’internet est de surfer dans un environnement très complexe avec plusieurs parties prenantes, dans lequel les entreprises privées gouvernent plus que les autorités étatiques. Le cybercrime est maintenant très combattu par le privé, c’est la raison pour laquelle il faudra que les actions de police, de contrôle et de répression soient engagées avec le secteur privé. 

Les récentes attaques terroristes sur internet, grâce à la présumée évolution de l’équipe de hackers qui entoure l’État islamique, représentent les attaques les plus significatives au regard du cyber-jihad. Les groupes extrémistes du Moyen-Orient se sont avérés être plus que de simples spécialistes des réseaux sociaux, mais beaucoup sont des hackers professionnels. Le danger qui entoure nos sociétés est en train de se développer dans deux directions. D’un côté il y a l’État islamique qui est en train d’augmenter sa popularité et sa force dans le cyberespace. De l’autre côté les activités criminelles en ligne vont devenir plus complexes mais aussi interconnectées, en risquant d’incorporer aussi la radicalisation des groupes extrémistes.  

Les technologies sont une arme pour le cybercrime, qui impliquent non seulement des dommages physiques mais aussi et surtout psychologiques.

 

Annalisa Salvati

 

 Pour en savoir plus:

 –       EUROPOL report “Massive changes in the criminal landscape: Exploring tomorrow’s organised crime”, 2 march 2015-03-20 https://www.europol.europa.eu/content/massive-changes-criminal-landscape

 –       Eurobarometer report on the cyber-security, 15 february 2015  http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_423_en.pdf

 –       Une interview télévisée aborde ce sujet en détails: “Cyber-crime, cyber-criminologie: l’horizon des menaces.”  https://www.youtube.com/watch?v=GpOUfUNuU84

 

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