L’euro irréversible : mythe ou réalité ? Un dernier avertissement sans frais ! Un retour en arrière de 23 ans : la ratification du traité de Maastricht. Réformer la zone euro de fond en comble, inéluctable !

D’abord un retour en arrière de quelques jours sur la dernière crise grecque, pour la première fois, il a été envisagé, par écrit, une sortie de la Grèce de l’euro, les institutions européennes ont semblé , pour un instant, donner l’impression que le fait d’adopter la monnaie unique n’était pas irréversible, s’exposant ainsi au risque d’une profonde fracture franco-allemande. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en rien été. Croire que la zone euro pourrait se désagréger, c’est « méconnaître le capital politique que nos dirigeants ont investi dans cette union et le soutien des Européens. L’euro est irréversible ». La phrase date de 2012 et son auteur est le gouverneur de la Banque centrale européenne Mario Draghi. Outre les traditionnels arguments juridiques (pour sortir de l’euro il faut sortir de l’Union européenne) ou économique (sortir de l’Euro coûtera plus cher que d’y rester) sont apparus pour la première fois des arguments géopolitiques d’où l’intérêt très attentif du partenaire américain marqué par des contacts répétés et au niveau le plus élevé (Obama, Jacob Lev, secrétaire d’Etat au Trésor).La sortie de l’euro option rationnelle est vite apparue comme politiquement inimaginable.

Trois ans plus tard suivant sa déclaration péremptoire sur l’irréversibilité de l’Euro, Mario Draghi était à la table de l’Eurogroupe , cet Eurogroupe qui écrivait (sans emporter l’adhésion de tous les participants): « En cas d’échec à trouver un accord, la Grèce se verrait proposer de négocier rapidement une sortie temporaire de la zone euro ». Finalement, à l’issue de deux jours de réunions marathon, les chefs d’Etat ont effacé cette phrase de leur communiqué final, se félicitant de leur unité, et le patron de la Commission Jean-Claude Juncker a même affirmé « Le Grexit a disparu », comme on chasse un mauvais cauchemar. Ce même Draghi pouvait dire au journal le Monde du 18 juillet que le mandat de son action reposait sur l’hypothèse du maintien de la Grèce dans la zone euro: « Mais il avait dit que « ce n’est pas à la BCE dire qui doit être  un membre  ou non ». La BCE ne poussera personne en dehors de la zone euro ou l’y maintiendrait en dépit d’une trop forte dégradation de la situation, mais… mais le mandat repose sur l’hypothèse que la Grèce restera membre. Les antagonismes sont renvoyés dos à dos, du grand art. L’Allemagne a franchi le Rubicon pour la première fois et dit que si on ne peut pas avoir confiance dans un gouvernement, il devra quitter la zone euro (même temporairement). Il est difficile de savoir si c’était un jeu tactique ou si c’était vraiment pour forcer la Grèce à sortir de l’euro ou accepter les propositions mises sur la table

S’il n’a pas changé radicalement et immédiatement la face de la zone euro, ce long week-end de négociation a mis le doigt de l’Europe dans un engrenage possible , et mis à nu une fracture conceptuelle toujours possible entre la France et l’Allemagne sur ce que doit être l’union monétaire. L’enjeu, c’est la direction que doit prendre la Zone euro et non pas si l’euro est irréversible : il semble qu’il le soit après ce risque inédit, si fort. Les forces du « détricotage » étaient à l’œuvre et personne ne pouvait prédire où cela s’arrêterait Ce qui s’est joué dans les dernières 48 heures, c’est le combat pour déterminer le type d’Europe que nous aurons dans le futur . C’est infiniment plus que le sort de la dette grecque. Ce type d’Europe ne peut être réduite à un choix sans doute un peu simpliste que la vision traditionnelle de la France qui voudrait de la flexibilité, un rôle clé des Etats-membres et des institutions faibles », tandis que la vision allemande est une Commission forte, apolitique, des règles claires, peu de flexibilité…Peut-on partager schématiquement ces visions entre ceux du nord et les autres ? Ces visions intègrent-elles suffisamment les considérations géostratégiques et les effets dominos vers d’autres entorses et d’autres pays ? Tout cela ne pourrait-il pas dégénérer en un schisme entre le nord et le sud ? Autant d’excès dans le raisonnement.

De bons analystes à la mémoire longue nous ont ramené 23 ans en arrière au moment des débats enflammés sur la ratification du traité de Maastricht et ils nous conseillent la lecture du discours fleuve de Philippe Séguin devant l’Assemblée nationale française, le 5 mai 1992.Philippe Séguin fut incontestablement le plus ardent et le plus talentueux des anti-maastrichtiens, l’homme du non au référendum face à François Mitterrand lui-même.

Que disait-il ? Il avait bien vu que les promoteurs de la monnaie unique sous-estimaient les sacrifices et les efforts nécessaires. Il affirmait que l’union monétaire débouchait quasi mécaniquement sur une Europe fédérale. Nous savons bien aujourd’hui qu’il n’en fut rien et c’est pour cette raison que l’Union a été au bord de la catastrophe et reste menacée si rien n’est fait. Philippe Séguin a bien vu le caractère irréversible de l’entreprise du traité alors soumis aux français « c’est même la première fois qu’un traité est ainsi marqué par la notion d’irréversibilité » soulignait-il « C’est la suppression de toute politique alternative » dès lors que chacun doit respecter des normes budgétaires particulièrement contraignantes » Mais la danger c’est surtout quand le Traité demande de supporter « l’effort colossal qui devra être consenti pour réduire les écarts immenses » entre les pays ayant adhéré ou susceptible d’adhérer à l’Euro . Philippe Séguin met en garde : la monnaie unique s’accompagne nécessairement d’un saut fédéraliste :  « l’effort colossal » demandé aux plus fragiles ne pourra être supporté que si la contribution au budget communautaire est « décuplé » ! Cette nécessité budgétaire « engendrera naturellement les organes fédéraux appelés à gérer un gigantesque système centralisé de redistribution ». Nous savons qu’il n’en fut rien, comme nous savons le prix lourdement payé pour ne pas avoir appris la leçon donnée par Philippe Séguin, lucide parce que paradoxalement hostile à une formule intégrationniste jugée supranationale.

Au bout du compte l’enjeu, c’est bel est bien la direction que doit prendre la Zone euro et non pas si l’euro est irréversible : il semble qui le soit après ce risque inédit et si fort. Les forces du « détricotage » étaient à l’œuvre et personne ne pouvait prédire où cela s’arrêterait. La peur rétrospective peut se révéler une sage conseillère. Le moment est venu de faire ce saut tant redouté par Séguin mais inéluctable si l’on veut éviter la répétition des crises jusqu’à la dernière, fatale : nombreux sont les grecs qui s’ignorent. Des textes sont sur la table, de toute nature et de toutes origines. Emergent le rapport des 5 présidents, le document rédigé en commun par les deux ministres de l’économie, l’allemand et le français, Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, les recommandations de Notre Europe-Institut Jacques Delors (cf. infra « pour en savoir plus »)…Ne pas s’engager c’est se condamner à revivre cette embardée jusqu’à l’accident fatal. Le moment est venu, le projet est là, les partenaires allemand et français sont en phase. Le président François Hollande vient de renouveler son engagement dans son dernier discours du 14 juillet, réitéré dans le « Journal du dimanche » du 19 juillet .Il ne faut pas attendre la prochaine crise, celle du référendum anglais. Le Royaume-Uni sera alors confronté au même dilemme que les grecs : rester ou partir. Un choix à faire les yeux ouverts.

Une UEM renforcée devrait contenir les éléments suivants :

  • Des règles communes avec un juste équilibre entre sanctions et incitations.
  • Un processus de convergence réelle au sein de l’UEM, sur la base d’incitations aux réformes structurelles conduisant à l’amélioration de la compétitivité et à la réduction des inégalités
  • Une union bancaire parachevée, qui comprenne un filet de sécurité et une assurance européenne des dépôts bancaires.
  • Des institutions plus fortes dans le domaine de la gouvernance économique, à savoir un Fonds monétaire européen
  • Une structure institutionnelle plus explicite de la zone euro, qui renforce la responsabilité et la légitimité des nouveaux instruments de gouvernance aux niveaux parlementaire et exécutif.

Partage des risques, réduction des déséquilibres et de l’accumulation de négociations ad hoc menées actuellement qui ont un coût en termes de tensions politiques créées dans ces occasions mais aussi en termes d’incertitudes économiques.

Annexes : la relance de François Hollande et Jacques Delors

La France est prête à participer « à une organisation renforcée » de la zone euro et à constituer « avec les pays qui en décideront, une avant-garde », affirme le président français François Hollande dans une tribune publiée par l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche.

« La zone euro a su cette semaine réaffirmer sa cohésion avec la Grèce. La qualité de la relation franco-allemande y a été pour beaucoup. L’esprit européen a prévalu », écrit M. Hollande dans un dossier du Journal du Dimanche consacré à l’ancien ministre et président de la Commission européenne Jacques Delors, qui fête lundi ses 90 ans.

« Mais nous ne pouvons en rester là. J’ai proposé de reprendre l’idée de Jacques Delors du gouvernement de la zone euro et d’y ajouter un budget spécifique ainsi qu’un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique », ajoute le chef de l’Etat.

« Partager une monnaie, c’est bien plus que vouloir une convergence. C’est un choix que 19 pays ont fait parce que c’était leur intérêt. Nul gouvernement d’ailleurs depuis quinze ans n’a pris la responsabilité d’en sortir », poursuit François Hollande.

« Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête parce que, comme Jacques Delors nous l’a montré, elle se grandit toujours quand elle est à l’initiative de l’Europe », estime-t-il.

Interrogé dans le même numéro de l’hebdomadaire, Jacques Delors lui-même juge que le système actuel de l’Union européenne et de la zone euro « n’est plus gouvernable ». « Cela ne peut plus durer. Il faut refonder cette Union économique et monétaire. Vont-ils le faire? Il y a eu un vice de construction au départ. Il y a eu aussi des bêtises et une incapacité de l’eurozone à y mettre fin? », analyse M. Delors.

Selon lui, « dans la situation actuelle, on a évité le pire. Mais l’Europe n’est pas une puissance morale, je dis morale au bon sens du terme. Il faut reconstituer cette puissance morale qui a fait la force de l’Europe en d’autres périodes, comme au moment de la chute du mur de Berlin ».

Pour en savoir plus :

     -. Améliorer l’UEM : recommandations de l’institut Jacques Delors http://www.institutdelors.eu/media/ameliorergouvernanceuem-jdijdib-juin15.pdf?pdf=ok

     -. Compléter l’UEM : le rapport des cinq présidents (FR) http://ec.europa.eu/priorities/economic-monetary-union/docs/5-presidents-report_fr.pdf (EN) http://ec.europa.eu/priorities/economic-monetary-union/docs/5-presidents-report_en.pdf

     -. Pour un renforcement de l’Union européenne : un appel de Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/06/03/31007-20150603ARTFIG00338-l-appel-d-emmanuel-macron-et-sigmar-gabriel-pour-un-renforcement-de-l-union-europeenne.php

     – Le journal du dimanche : François Hollande « un gouvernement de la Zone euro avec un budget et un Parlement » http://www.lejdd.fr/Politique/Hollande-dans-le-JDD-Pour-un-gouvernement-de-la-zone-euro-avec-un-budget-et-un-Parlement-742890

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adeline Silva Pereira

Après avoir effectué la deuxième année du master Sécurité Globale analyste politique trilingue à l'Université de Bordeaux, j'effectue un stage au sein d'EU Logos afin de pouvoir mettre en pratique mes compétences d'analyste concernant l'actualité européenne sur la défense, la sécurité et plus largement la coopération judiciaire et policière.

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