(Eyes on Europe) L’accord de libre échange entre l’UE et l’ASEAN: accord très (trop) ambitieux ?

(Eyes on Europe) L’accord de libre échange entre l’UE et l’ASEAN: accord très (trop) ambitieux ?

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Article initialement publié sur EYES ON EUROPE le 19/10/2018.

L’échec de l’accord de libre-échange TTIP entre l’UE et les Etats-Unis n’a pas ralenti l’UE dans sa quête du libre-échange, au contraire. La posture plus isolationniste des Etats-Unis a encouragé l’UE à essayer de prendre le devant dans la globalisation et à mener davantage de libre-échange. Cette posture, mélangée à l’attention de l’UE tournée davantage vers l’Asie ces dernières années, pourrait rendre possible le grand projet d’accord libre-échangiste entre l’UE et l’ASEAN. Voyons voir ce qu’est exactement cet accord, et comment il sera mis en place.

Les relations EU-ASEAN

640 millions d’habitants, une taille géographique équivalente à l’UE, et un PIB de 2,7 trillions d’euros, c’est ce que représente l’organisation régionale de l’ASEAN,  Association of Southeast Asian Nations, créée en 1967. Cette association comprend 10 pays asiatiques (Thaïlande, Singapour, Vietnam, Laos, Myanmar, Indonésie, Philippines, Malaisie, Brunei, Cambodge), et entretient des relations économiques dynamiques avec l’UE. L’Union est le deuxième partenaire commercial de l’ASEAN ainsi que le plus grand émetteur d’investissements directs étrangers en ASEAN, et plus de 90 milliards de produits et services ont été exportés de l’UE vers l’ASEAN l’année passée.

L’Union est le deuxième partenaire commercial de l’ASEAN ainsi que le plus grand émetteur d’investissements directs étrangers en ASEAN […].

Un accord de libre-échange (ALE) avec l’ASEAN connecterait l’UE au 7e plus grand marché du monde qui détient une classe moyenne en expansion et contient des pays qui font partie des économies les plus performantes du monde avec une croissance annuelle qui ferait pâlir l’Europe. Cet accord pourrait donc être une étape importante sur le contrôle au moins partiel de la mondialisation que l’UE souhaite accomplir.

Les négociations en cours

Les négociations entre l’UE et l’ASEAN ont démarré en 2007 et…  ont été stoppées en 2009. L’Union ne négocie actuellement plus avec l’ASEAN elle-même pour un ALE, ; elle a changé de stratégie, et a décidé de négocier à la place bilatéralement avec chaque pays membre de l’ASEAN. Une fois un accord bilatéral signé avec chaque pays membre, un accord global région-à-région UE-ASEAN sera réalisé.

Une fois un accord bilatéral signé avec chaque pays membre, un accord global région-à-région UE-ASEAN sera réalisé.

Pourquoi les négociations ont été arrêtés en 2009? L’UE se justifie en montrant du doigt la complexité de mettre des standards communs avec 10 pays asiatiques présentant de fortes disparités économiques, politiques, sanitaires et démographiques. A cela s’ajoute les problèmes des droits de l’Homme pour la plupart des pays de l’ASEAN, ainsi que la situation politique très compliquée au Myanmar. De plus, mener des pourparlers bilatéraux permet à l’UE de peser plus lourd dans les négociations. Enfin, l’ASEAN était devenu réticente à continuer les tractations.

Jusqu’ici, deux ALE ont été conclus: l’accord UE-Singapour (2014) et l’accord UE-Vietnam (2015). Cependant, aucun n’a encore été ratifié. Ils ne sont donc pas encore entrés en vigueur.

Actuellement, l’UE négocie avec l’Indonésie et les Philippines. L’accord indonésien est intéressant car l’Indonésie est un pays avec un grand marché et un PIB de plus d’un trillion de dollars, ce qui représente plus que 24 pays de l’UE. Cependant, cet accord pose des problèmes : l’UE souhaite bannir complètement l’huile de palme dans la prochaine décennie, mais l’Indonésie est le plus grand producteur au monde de celle-ci, et l’UE achète 51% de son huile de palme depuis l’Indonésie. Un lobbying intense envers la Commission a pour l’instant lieu afin d’éviter cette interdiction.

L’UE souhaite bannir complètement l’huile de palme dans la prochaine décennie, mais l’Indonésie est le plus grand producteur au monde de celle-ci, et l’UE achète 51% de son huile de palme depuis l’Indonésie.

Deux ALE sont actuellement mis sur pause, celui avec la Thaïlande et la Malaisie. Les négociations pour un ALE UE-Thaïlande avaient démarrées en 2013 mais ont été stoppé l’année suivante à cause d’un coup d’état instaurant un régime militaire autoritaire. Néanmoins, l’adoption d’une nouvelle constitution ainsi que la promesse du Premier ministre Thaïlandais de mener des élections bientôt sont vus comme un signe positif par l’UE, qui se dit parée à redémarrer bientôt les tractations. L’accord avec la Malaisie, lui, a été stoppé en 2012 alors que les pourparlers étaient bien avancés. Cela a été causé par le manque d’intérêt du gouvernement malaisien. De nouvelles élections ont eu lieu cette année en Malaisie, et l’UE ainsi que la Chambre du commerce UE-Malaisie tentent de convaincre le nouveau gouvernement de reprendre les négociations.

Enfin, un accord d’investissement a commencé en 2014 avec le Myanmar, et l’UE espère démarrer un ALE avec Brunei bientôt.

Le futur accord UE-ASEAN.

Un ALE UE-ASEAN est ambitieux car il lierait économiquement le premier au cinquième plus grand marché au monde. Les entreprises auraient moins de difficultés à investir, et les citoyens européens peuvent espérer pouvoir acheter des produits de l’Asie du sud-est à plus petit prix, comme le fameux riz thaïlandais. La Commissaire européenne du commerce, Cecilia Malmstrom, a déclaré que « having a region-to-region agreement between EU and ASEAN is a long-term goal we’ve been discussing for many years ».

Mais si cet accord est si intéressant, pourquoi l’ASEAN est devenu réticent à redémarrer les négociations d’un ALE avec l’UE après 2009? Pour diverses raisons: les hauts standards de qualité dans l’UE difficiles à atteindre pour les pays en développement de l’ASEAN, et le fait que les nations de l’ASEAN préféraient se concentrer d’abord sur la consolidation de leur marché unique. Enfin, des critiques pointent du doigts les problèmes des Droits de l’Homme dans les pays de l’ASEAN. L’UE tente normalement de promouvoir la démocratie dans les pays avec lesquels elle conclut des accords. Mais l’ALE UE-ASEAN ne compte contenir que des provisions commerciales et économiques.

L’UE tente normalement de promouvoir la démocratie dans les pays avec lesquels elle conclut des accords.

Mais ensuite, l’arrivée de Trump et son retrait du Trans-Pacific Partnership (TPP), sa posture isolationniste, et ses tarifs en 2018 ont influencé et renforcé le souhait de l’ASEAN de se retourner vers du libre-échange.

Un accord de libre-échange entre l’UE et l’ASEAN est sur la bonne voie, bien que du chemin reste à parcourir. Bien que parsemé de problèmes politiques, cet accord semble contenir des avantages économiques qui pourraient impacter également positivement les citoyens européens et non juste les entreprises. L’UE souhaite avoir des ALE avec le plus grand nombre de pays afin d’avoir son mot à dire dans la mondialisation. Entre respect des droits de l’Homme et avantages économiques, l’Europe devra faire un choix. Ce choix pourrait être déterminant pour le futur des ALE avec d’autres organisations régionales.

Robin Vanholme est un étudiant en études européennes à l’Institut d’Etudes européennes de l’ULB.

Sources:

  • « Asean and EU unite versus tariff threat », Khaleej Times, 3 aout, 2018, https://www.khaleejtimes.com/business/global/asean-and-eu-unite-versus-tariff-threat.
  • ADILLA, F., « High hopes for EU-Malaysia FTA », New Straits Times, 16 juillet 2018, https://www.nst.com.my/business/2018/07/391381/high-hopes-eu-malaysia-fta.
  • ARUNMAS, P., « Thai-EU FTA talks to resume this year », Bangkok Post, 13 mars 2018, https://www.bangkokpost.com/business/news/1427126/thai-eu-fta-talks-to-resume-this-year.
  • COMMISSION EUROPÉENNE, Trade for all – Towards a more responsible trade and investment policy, Bruxelles, 2015.
  • COMMISSION EUROPÉENNE, « Trade Negotiations between the European Union and the Philippines, EU Proposal on Sanitary and Phytosanitary (SPS) Measures », Explanatory note, février 2017, http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2017/march/tradoc_155439.pdf.
  • EEAS, EU-ASEAN Relations, factsheet, juillet 2018, https://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/eu-aean_factsheet_july_2018.pdf.
  • EEAS, Blue Book 2018: EU-ASEAN Cooperation, 10 août 2018, https://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/blue_book_2018_lowres_0.pdf.
  • FOURNER, P., « Could EU-Indonesia free trade deal end palm oil conundrum? », Euractiv, 10 juillet 2018, https://www.euractiv.com/section/agriculture-food/opinion/could-eu-indonesia-free-trade-deal-end-palm-oil-conundrum/.
  • IMF, World Economic Outlook Database, avril 2018.
  • KON, J., Brunei occupies key spot in EU trade radar, Borneo Bulletin, 10 mars 2018, https://borneobulletin.com.bn/brunei-occupies-key-spot-in-eu-trade-radar/.
  • MORALES, N.L., « EU and ASEAN agree to put free trade pact back on agenda », Reuters, 10 mars 2017, https://www.reuters.com/article/us-eu-asean/eu-and-asean-agree-to-put-free-trade-pact-back-on-agenda-idUSKBN16H0S7.
  • PINHAO, D.B., « The ASEAN-EU Free Trade Agreement: Implications for Democracy Promotion in the ASEAN Region », International Institute for Democracy and Electoral Assistance, Stockholm, 2009.
  • VALERO, J., « ASEAN countries unconvinced by EU trade pact », Euractiv, 21 mars 2018, https://www.euractiv.com/section/asean/news/asean-countries-unconvinced-by-eu-trade-pact/.

Güray Serbest

Citoyen belge basé à Bruxelles, j’ai rejoint EU Logos-Athéna en octobre 2018 en tant que Communication Officer. Auparavant, j’ai effectué un stage chez Transparency International comme EU Policy Analyst. Mon parcours académique inclut un bachelier en commerce extérieur obtenu à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes Commerciales ainsi qu’un bachelier en sciences politiques de l’Université Saint-Louis à Bruxelles. J’ai ensuite complété mes études avec un Master en études européennes à l’Université Catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve. En renforçant mes connaissances en affaires européennes, je me suis spécialisé dans la gouvernance et les sociétés européennes. Je suis francophone et parle aussi couramment l’anglais et le turc. Je possède également des connaissances de base en néerlandais.

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