Editorial du N° 113 de Nea say: le monde a besoin de l’Europe

Le Monde a besoin de l’Europe

C’est une thématique abordée ici assez régulièrement tout autant que sa réciprocité, l’actualité de ces derniers jours lui donne une force toute particulière et renouvelée : les ministres des finances des Brics (Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) étudient les moyens de venir en aide à la zone euro, six membres du G20 appellent le 22 septembre dernier la zone euro à agir contre la dette dans une lettre commune rendue publique par le gouvernement britannique, les uns et les autres morigènent, s’impatientent, proposent leurs services, les autorités américaines et les banques centrales s‘efforcent de donner le ton. Est-il possible de dégager un sens de cette cacophonie, ce tumulte des mots qui obscurcit les choses ? De l’hypocrisie, de l’empathie, de la realpoloitik, un sursaut pour conserver une puissance qui peu à peu s’évanouit ?Gagner un siège au Conseil de sécurité ? Un peu de tout cela sans doute, et bien autres choses.

L’Europe devrait voir dans cet intérêt qu’on lui porte une mesure d’elle-même, de son importance et de ses responsabilités. Le monde a besoin d’elle et s’alarme de ses défaillances potentielles qui sont à la taille de son poids économique (en termes de PIB , le premier du monde). Pas de paix, pas de développement, pas de prospérité partagée avec une Europe incertaine, défaillante, à la traine et n’assumant pas la part du leadership qui lui revient naturellement. Les décisions que l’UE prend affectent « l’agriculteur kenyan, le styliste brésilien, l’entrepreneur chinois », vient de dire Christine Lagarde. L’UE en a-t-elle pleinement conscience ? A-t-elle conscience également que le choix de la monnaie unique était un quasi choix pour plus de fédéralisme. La solidarité européenne est-elle un mythe ? Non ! mais elle se construit peu à peu, trop lentement. Trop de gouvernements en Europe comprennent des mouvements populistes qui veulent moins d’Europe alors qu’il faut faire le contraire.

Les décisions de l’UE vont dans le bon sens (dernier exemple en date, la décision sur le « six pack » qui donne plus de pouvoir à la Commission européenne) mais il n’est toujours pas facile de discerner lequel, vient de nous dire Antonio Vitorino, l’ancien commissaire et actuel président de Notre Europe. La vision globale et lointaine, l’esprit de solidarité, le sens des responsabilités ne sont pas toujours aisément perceptibles. La situation de la Grèce a fait l’objet d’une réponse politique claire, le traitement des problèmes financiers liés aux dettes souveraines est à la portée des autorités nationales et européennes. Dés lors pourquoi ces tensions excessives, inexplicables des marchés, des opinions publiques, de la presse , pourquoi des débats d’une telle ampleur ? Il est sans doute difficile de délivrer des messages qui conviennent aux uns sans pour autant déplaire aux autres. Pourquoi ces spéculations stériles et récurrentes sur la sortie de la zone euro de la Grèce quand le porte-parole de la Commission martèle chaque jour devant de nombreux journalistes que dans l’état actuel des Traités on ne peut expulser la Grèce de la zone euro, ni celle-ci ne peut la quitter de sa propre volonté. Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, seule la sortie de l’UE est possible en suivant une procédure précise. Il y a là une infirmité de l’esprit et du comportement qui accable le bon sens.

La relance politique de l’Europe est sur toutes les lèvres, la réforme des traités est invoquée avec plus d’insistance, même si chacun reconnait que ce n’est pas pour tout de suite. La relance politique de l’Europe est indissociable de son sauvetage économique. Des précautions s’imposent pour éviter les désillusions bien connues et les frustrations nées des limites de la gouvernance européenne. Il est clair que l’UE doit disposer d’outils régaliens en matière budgétaire, politique étrangère,

immigration, police, indépendance énergétique etc… Mais il est tout aussi clair que les préférences politiques, les aspirations des gouvernements comme des peuples sont hétérogènes, voire contradictoires. Comment pourrait-il en être autrement quand bon nombre de pays nouvellement entrés dans l’UE viennent tout juste de retrouver leur souveraineté politique, quand il ne s’agit pas plus simplement de trouver. L’intégration différenciée dans et hors des traités s’imposeront : l’ensemble des politiques à venir ne peut pas concerner de la même façon tous les pays. L’argument de la nécessité trouve aussi ses limites.

En matière économique, les séquences sont connues : revoir le mandat de la BCE, renforcer le FESF, une consolidation fiscale compatible avec une stratégie de croissance économique défi autrement plus redoutable que la crise des dettes souveraines et mal plus ancien, introduction progressif des Eurobonds, améliorer la gouvernance économique, organiser une faillite soft de la Grèce, trancher la question de la recapitalisation des banques : oui ou non, faut-il et selon quelles modalités ? Nous sommes tous dans le même bateau, il convient donc de restaurer la convergence des projets nationaux avec le projet européen. L’espace public européen, constatons le, est saturé de discours négatifs, pessimistes, critiques, il faut l’assainir.

L’Union européenne est sommée par ses partenaires mondiaux de prendre rapidement des décisions : elle est devenue l’épicentre de la crise mondiale qu’elle le veuille ou non. L a preuve, les ministres des finances de la zone euro ont publié le samedi 24 septembre à Washington à l’issue de la réunion du FMI et du G20, une déclaration dans laquelle ils s’engagent à faire « tout le nécessaire pour assurer la stabilité financière de cette zone dans son ensemble ». Tout le nécessaire, c’est l’extension des missions du Fonds européen de stabilité financière, le donner des ressources nécessaire pour qu’il puisse exercer pleinement son « effet de levier », boucler le plan d’aide à la Grèce qui comporte encore trop d’inconnues : la participation du FMI, la participation du privé, la mise en oeuvre effective du programme grec, notamment le programme de la privatisation : le programme des 50 milliards d’euros d’ici 2015 n’a pas encore avancé d’un pas.

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