Le rejet des listes transnationales : un échec? un succès? Pourquoi le Parlement européen doit-il changer son logiciel politique.

Le rejet des listes transnationales : un échec? un succès? Pourquoi le Parlement européen doit-il changer son logiciel politique.

Apparaissant comme déjà trop clivant, le projet de listes transnationales n’a pas séduit les eurodéputés : très divisés sur la question, les élus européens s’y sont opposés lors d’un vote en plénière dont l’issue est restée longtemps incertaine alors qu’en commission ce projet avait reçu un accueil positif. Plus que l’échec d’Emmanuel Macron –  comme une vision à courte vue voudrait le laisser entendre- c’est d’abord l’échec, provisoire, d’une bonne idée pour les futures élections européennes, une idée susceptible de sortir des préoccupations essentiellement conjoncturelles, nationales et étroitement partisanes sans que le projet européen et les débats autour de ses réels enjeux ne soient mis en avant.

Un Parlement européen insaisissable, puisque dans le même temps il se montrait prêt à faire face aux dirigeants nationaux des Etats membres et à rejeter tout candidat à la présidence de la Commission qui n’aurait pas été choisi par les électeurs via la procédure des « Spitzenkandidaten, selon le principe : un candidat, un programme.

L’enjeu est clair et les adversaires irréconciliables .Pour les uns c’est une atteinte intolérable aux souverainetés nationales. Les autres craignent que ce manque de démocratie n’alimente les arguments des eurosceptiques et encourage les abstentionnistes. Autre crainte portée au plus haut : que les eurosceptiques remportent les élections.

Au bout du compte, les élections européennes sont le moteur de la lutte contre l’euroscepticisme. Alors pourquoi -ce constat ,si évident, ne s’impose-t-il pas de lui-même ?Voyage en absurdie ont été tentés d’écrire certains analystes(Jean Quatremer) , une logique de confusion pour ceux qui, comme Vote Watch, ont analysé en détail les vote exprimés, une logique de confusion et de divisions au sein d’un même groupe politique – qui, par exemple, permet à certains députés de prendre en otages d’autres députés, y compris sur des sujets qui ne les concernent pas : des progressistes ont prêté main forte à des conservateurs, Mme Merkel  a torpillé Emmanuel Macron par l’intermédiaire de ses députés PPE ! Comment lever toutes ces incertitudes sur le sens de la volonté des députés ?De grandes décisions politiques peuvent-elles continuer à dépendre d’un jeu à la roulette russe mortifère?

Dans le journal « Le Monde » du 6 février dernier, Cécile Ducourtieux a bien analysé le phénomène et invité fermement à «mettre fin aux petits arrangements» avec les populistes, par lesquels «droite et gauche ménagent les plus radicaux venus de l’est». «L’appartenance à une famille politique l’emporte sur la défense des valeurs européennes», s’est emportée la députée Eva Joly. Plus grave , peut-être, les fractures sont telles qu’  il sera bien difficile de définir des programmes communs par exemple en matière d’environnement ,d’hygiène alimentaire, de  fiscalité (lutte contre l’évasion fiscale) ou les programmes d’investissements pour les grandes infrastructures etc.  La liste est longue…..

La conclusion s’impose d’elle-même aux yeux de Cécile Decourtieux: le Parlement européen doit changer son logiciel politique. Cela ne se fera jamais, pour certains; pour d’autres, pas en 2019. Ce qui se joue, c’est de savoir si ce sont les citoyens ou les leaders des partis politiques ou les chefs des différentes fractions, «les appareils», qui nommeront les grands dirigeants de l’Union européenne. Il faut donc continuer à défendre cette idée de «listes transnationales», car elle contribuerait fortement à renforcer la démocratie européenne en créant un débat sur les véritables enjeux européens et non plus des débats strictement nationaux. L’idée progresse et le débat ne sera pas refermé de si tôt. Pour sa part, Emmanuel Macron s’est engagé à poursuivre le combat. Pas d’autre issue qu’une recomposition politique du Parlement européen avec une reconfiguration des alliances ; sinon, les citoyens se détourneront inexorablement du Parlement, de ses joutes stériles, aux enjeux incompréhensibles. Toute sa vie le général de Gaulle a dénoncé, non sans de bonnes raisons, le régime des partis politique de la IVème République et dans son dernier combat qu’il a mené et perdu, il agitait la menace, lui battu, d’un retour du système des partis. L’heure de vérité sur l’identité du Parlement européen approche à grand pas : redoutons que, sous le couvert de plus de démocratie, des forces hostiles à la construction européenne ne s’ emparent du leadership politique pour renforcer électoralement leur position politique.

Y-a-t-il un pays en Europe où la démocratie représentative ne soit pas perturbée ? Raison de plus pour que le Parlement européen soit exemplaire. Il y a une forte demande de renouvellement de l’organisation de son fonctionnement- c’est beaucoup plus que la simple relève des générations. Ce qui se passe au Parlement européen est plus que la réplique du tremblement de terre en France provoquée par l’élection d’ Emmanuel Macron

Le Président

Henri-Pierre Legros

Pour en savoir plus:

Winners and losers of the EP Plenary February 2018 http://www.votewatch.eu/blog/winners-and-losers-of-the-ep-plenary-february-2018/

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