Les nouveaux visages de l’Europe

Les nouveaux visages de l’Europe

Deux mois après les élections européennes qui se sont déroulées du 23 au 26 mai 2019, les désignations des présidences des différentes institutions se sont accélérées.

Dans cet article, nous allons aborder le renouveau de quatre postes clés de l’Union européenne, dit « top jobs » : la présidence de la Commission européenne, la présidence de la Banque Centrale Européenne (BCE), la présidence du Conseil européen et la représentation de la diplomatie européenne.

1. Présidence de la Commission européenne

Après avoir été précédemment désignée par le Conseil européen, Ursula von der Leyen a été élue mardi 16 juillet par le Parlement européen pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne durant les cinq prochaines années.

Membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti conservateur allemand, elle a été ministre des gouvernements de la chancelière Angela Merkel depuis 2005[1]. Elle a également exercé des fonctions ministérielles auprès de la Basse-Saxe de 2003 à 2005[2].

Elle a cependant été élue de justesse avec une majorité de 383 voix par le Parlement européen, soit à peine 9 voix de plus que les 374 nécessaires[3], avec 287 voix contre et 22 abstentions.

C’est donc une élection pouvant être qualifiée de ‘semi-défaite’, ce nouveau mandat démarrant avec un soutien limité. La nouvelle présidente de la Commission réussit néanmoins à convaincre une majorité de socialistes et de libéraux avec des promesses de réformes et d’actions climatiques.

Les trois groupes politiques les plus importants – PPE, S&D et Renew Europe, ont voté de manière prédominante en faveur de la nominée. Le groupe des Verts,  au contraire, a voté en majorité contre.

C’est également un désaveu vis-à-vis des chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient alors désigné le 21 juin Madame von der Leyen sans passer par le système de Spitzenkandidaten. Cette fine majorité peut alors s’expliquer par le fait que Ursula von der Leyen soit moins politiquement connue, en comparaison avec le précédent président de la Commission qui avait été élu avec 422 voix.

2. Présidence de la Banque Centrale Européenne (BCE)

Contrairement à Ursula von der Leyen, Christine Lagarde, présidente du Fonds Monétaire International (FMI) depuis 2011, est bien connue du public. Elle a alors été proposée par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel pour prendre la tête de la BCE pour huit ans.

Sa nomination début juillet en remplacement de Mario Draghi a provoqué des réactions contradictoires. Sa longue expérience à la tête du FMI peut tout d’abord démontrer une bonne connaissance des institutions internationales et financières et un certain talent diplomatique[4].

D’un autre point de vue, elle peut être jugée par certains comme n’ayant pas les compétences requises. En effet, par le passé elle fut ministre des finances du gouvernement de Nicolas Sarkozy en France et également avocate[5]. Elle n’a donc pas de formation d’économiste au sein d’instituts monétaires, contrairement à ce que suggère la tradition des précédentes présidences de la BCE.

Christine Lagarde a alors présenté sa démission du FMI dès le mardi 16 juillet. Son départ sera effectif le 12 septembre. Elle doit cependant encore attendre la confirmation du Parlement européen pour sa nomination. Mario Draghi, quant-à-lui, quittera ses fonctions le 31 octobre.

3. Présidence du Conseil européen 

Le premier ministre belge sortant Charles Michel (2014-2019) a été nommé à la présidence du Conseil européen pour succéder au polonais Donald Tusk en décembre, qui avait quant-à-lui pris la relève d’un autre belge, Herman Van Rompuy[6].

Son mandat est alors d’une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen est alors en charge de : préparer des sommets, bâtir des compromis entre les 28 chef d’Etats et de gouvernement de l’Union européenne, ou encore, représenter l’Union sur la scène internationale[7].

Cette nomination pose en parallèle la question de sa succession à la tête du gouvernement fédéral belge. Le Premier ministre ne prendra ses nouvelles fonctions qu’au mois de décembre, permettant la formation d’un gouvernement fédéral et éviter un cumul de mandats.

4. Représentation de la diplomatie européenne

L’accord du Conseil européen prévoit également de nommer Joseph Borrell au poste de Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Avant ce poste de chef de la diplomatie européenne, Joseph Borrell, membre du parti socialiste espagnol, était ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Pedro Sánchez.

Le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité est chargé de mener la politique étrangère et de sécurité commune (PESC)[8]. Joseph Borrell succèdera à Federica Mogherini le 1er novembre 2019. 

Dans un esprit de compromis et de respect des disparités sur le spectre politique, nommer un social-libéral à cette fonction permet d’équilibrer la répartition des postes, les trois premiers postes ayant été attribués à des personnalités de sensibilité libérale et conservatrice[9].

De plus, il s’agit de contrebalancer les nominations des trois personnalités issues du centre de la zone euro aux autres postes clés.

5. Conclusions sur les postes clés de l’UE : les gagnants et les perdants

La répartition des différents postes à responsabilité au sein des institutions européennes doit prendre en compte un équilibre entre l’origine géographique et politique[10].

Les critères de compétence, d’expérience, de parité et d’équilibre politique et géographique doivent donc être remplis.

Ces nominations montrent cependant des disparités :

Pour la répartition géographique, elle s’est faite à l’avantage des Etats membres dits « historiques » entre l’Allemagne, la France, la Belgique et l’Espagne.

L’Italie, quant-à-elle, conserve par ailleurs une place importante avec l’élection du socialiste italien David Maria Sassoli à la présidence du Parlement[11].

Les vice-présidents pressentis de la Commission européenne, Margrethe Vestager (danoise) et Frans Timmermans (néerlandais) sont aussi ressortissants des pays fondateurs[12].

Vis-à-vis des partis politiques, les deux grandes formations politiques européennes (PPE et socialistes) sont parvenues à conserver leurs positions au sein des institutions malgré la perte de leur majorité absolue au Parlement européen.

Pour ce qui est de la parité, 40% de femmes ont été élues au Parlement européen et deux des quatre postes clés ont été attribués à des femmes[13]. La parité sort donc renforcée de ces élections européennes.

Le renouveau de ces quatre postes clés de l’Union européenne (présidence de la Commission européenne, présidence de la Banque Centrale Européenne, présidence du Conseil européen et représentation de la diplomatie européenne) n’est qu’une étape vers une nouvelle investiture européenne.

D’autres nominations sont encore à venir, avec notamment les auditions pour la désignation des 26 commissaires européens au Parlement européen. Ces nominations soulèvent la question du nombre de commissaires parfois jugé trop élevé. Cela démontre une difficulté politique pour changer de procédure, les États membres désirant la plupart du temps avoir un commissaire représentant leur pays.

Laurie Crayssac


[1]LEGRAND, Nathan, « ‘Top Jobs’ européens : des nominations à l’image d’une UE antisociale et antidémocratique », CADTM, juillet 2019.

[2]Ibid.

[3]KUCZKIEWICZ, Jurek, « Ursula von der Leyen élue de justesse présidente de la Commission européenne », Le Soir, 16 juillet 2019.

[4]CHARREL, Marie, « La véritable mission de Christine Lagarde à la tête de la BCE », Le Monde, 19 juillet 2019.

[5]Ibid.

[6]Le Soir, « Charles Michel à la tête du Conseil européen : ‘une grande responsabilité que je remplirai avec engagement’ », juillet 2019.

[7]Ibid.

[8]Toute l’Europe, « Le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », juillet 2019.

[9]LEGRAND, Nathan, « ‘Top Jobs’ européens : des nominations à l’image d’une UE antisociale et antidémocratique », CADTM, juillet 2019.

[10]BARBIERE, Cécile, « Postes clés de l’UE : les gagnants et les perdants », Euractiv, 9 juillet 2019.

[11]Ibid.

[12]Ibid.

[13]Ibid.

Laurie Crayssac

Je suis une étudiante française en première année de Master d'études européennes à L'IEE à Bruxelles. J'ai effectué une licence de sciences politiques à l'ULB dont la troisième année à UCD à Dublin. J'occupe le poste de 'Policy Analyst' dans le portefeuille de #EUelection. Mon rôle est alors de décrypter l'actualité politique liée aux élections européennes.

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