L’Europe selon Macron: un fort ajout de protectionnisme dans une conception libérale

L’Europe selon Macron: un fort ajout de protectionnisme dans une conception libérale

LES MOTIVATIONS DERRIÈRE CETTE TRIBUNE

Dans la tribune du Président Macron en date du Lundi 04 Mars 2019, et publiée simultanément  dans 28 pays et en 24 langues, il met en avant un engagement qui est celui de la “Renaissance” de l’Europe.

Quand MACRON parle de Renaissance, c’est au sens religieux et historique.

Au sens religieux, car il s’agit de donner une nouvelle naissance, un nouveau départ à cette union européenne qui se meurt d’une illégitimité populaire;

Au sens historique, car la Renaissance c’est le XIV, XV et XVIe siècle. Macron est dans la symbolique quand il organise sa rencontre avec des chefs d’entreprise qu’il reçut dans le château Clos Lucé, lieu où est mort Léonard de Vinci, afin de fêter les 500 ans de la mort de cet artiste. La Renaissance représente aussi l’invention de l’imprimerie par Gutenberg (vers 1440), la première forme connue de mondialisation, pour les Européens, avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb le 14/10/1492, et les nouveaux dangers qui émergent (La prise de Constantinople, le 29 Mai 1453, par les Turcs jusqu’à leur défaite lors de la bataille de Lépante (07/10/1571)). Macron veut réveiller l’Europe, il veut réveiller la construction européenne pour cette nouvelle ère, tout en évitant les erreurs du Saint-Empire germanique et des calculs de Charles Quint.

INVITATION AU DÉBAT POUR LE PEUPLE EUROPÉEN

Macron se positionne en tant que tête de liste LREM (La République en Marche), chef d’un parti politique, car c’est la carte utilisée pour faire bouger les choses et bien commencer les élections européennes.

Cette action prise par le président français est inédite de bien des manières car c’est la première fois qu’un président d’un Etat membre s’adresse seul et directement à l’ensemble des peuples européens; et c’est aussi la première fois qu’il met en avant l’idée de la consultation populaire de tous les peuples européens (“panel citoyen”). Ceci est une version européenne du GDN (Grand Débat National) organisé en France. Le pragmatisme du Président Macron, ainsi que de ses propositions concrètes, et l’absence d’emphase et de caractère péremptoire de cette tribune met en valeur le fait que Macron ne vise pas à donner de leçon aux peuples européens mais bien à susciter leurs intérêts et leurs valeurs européennes afin de sauver et renforcer le projet européen en lui donnant une légitimité populaire, qu’il a perdu.

Dans cette tribune, l’idée de fédéralisme européen est morte et l’idée d’une Europe à la carte est pleinement assumée.

Macron admet que les extrémistes ont raison sur les questions soulevées, mais comme Laurent Fabius le disait si justement: “les extrémistes apportent de mauvaises réponses à de vraies questions”.

Le président français reconnait la responsabilité des populistes mais, aussi des technocrates bruxellois en disant que “L’Europe est menacée par ceux qui mentent au peuple (nationalistes ou “les exploiteurs de la haine”) et par ceux qui ne respectent pas et n’écoutent pas les peurs du peuple (les institutions européennes, les élites européennes et les gouvernements nationaux)”.

Il pose un constat rationnel afin de trouver des solutions pragmatiques à de vraies questions trop souvent éludées.

Il y a dans son discours la volonté de créer un pouvoir public européen capable de protéger convenablement ses citoyens.

La réaction de rejet de l’Europe est due au fait que l’Europe était un vecteur d’espoir et de fortes attentes et elle n’a pas su apporter les réponses appropriées aux citoyens européens. L’Europe se doit de se réveiller, de sortir de ses illusions mal placées afin d’être pragmatique tout en gardant sa capacité à tendre vers un avenir meilleur et à être un vecteur d’espoir. La réaction de Macron part d’un constat simple qui est que l’Europe se délite ; partant de là, il faut trouver des solutions, des propositions et ne pas se murer dans l’ostracisme.

UNIS DANS L’ADVERSITÉ

Avec ces élections européennes de 2019, l’on ressent toute la pression, toute l’importance de notre devenir commun. Les élections européennes étaient des élections intermédiaires sans grande importance, mais l’on voit que la donne change car ces élections de 2019 sont devenues centrales pour faire la recomposition politique et la sauvegarde de l’Europe ; d’une Europe qui saura enfin prendre les mesures nécessaires et écouter correctement les frustrations populaires pour leur apporter de bonnes réponses.

Macron agite le drapeau rouge du Brexit et des mensonges entourant ce référendum afin de justifier la nécessité de se dresser pour l’Europe pour la défendre et la faire vivre.

Dès dimanche soir (03/03/2019), Emmanuel Macron avait accordé un entretien à une chaine de télévision italienne, Rai 1, afin de ressouder les relations avec l’Italie ; ceci était une vraie déclaration d’amour de la France à l’Italie par ces mots : ’il cuore oltre gli ostacoli’ (“le cœur au-delà des obstacles”).

L’Europe qui protège est une Europe sociale, protectrice des intérêts des peuples européens avant toute chose, tout en sachant garder son ouverture au monde, son libéralisme.

En abordant ces thématiques ainsi, Macron coupe l’herbe sous le pied des nationalistes et extrémistes en présentant des alternatives aux citoyens.

En France, la réaction de ses détracteurs est unanime car ils le condamnent d’être un homme “des beaux discours » mais pas de l’action, d’être hypocrite dans ses propositions européennes alors qu’il fait l’inverse au niveau national.

L’intérêt politique de cette démarche est multiple. Il y a un volet national qui consiste à alerter l’Europe de ces “exploiteurs de la haine” que représentent les nationalistes, et à saboter ses opposants ou potentiels opposants politiques, notamment le RN (Rassemblement national) et LR (les Républicains).

Habituellement, les tribunes sont signées par plusieurs pays, notamment l’Allemagne, mais celle-ci n’est plus la force motrice de l’Europe et pourrait même mettre à mal le projet de relance et de légitimation du projet européen si la Chancelière Merkel venait à s’associer à cette tribune ou plus généralement à cette campagne européenne.

L’AUTODETERMINATION DES PEUPLES EUROPÉENS

Dans son discours de la Sorbonne du 26/09/2017, le Président Macron avait déjà fait mention du fait qu’on ne peut plus construire l’Europe sans la participation et la contribution des peuples européens. Cette tribune est la confirmation de ce discours de la Sorbonne, et la volonté de se détacher de ce cénacle européen (Commission européenne, Parlement européen et Conseil). Ceci marque le début de la réalisation souhaitée d’un débat européen, d’une consultation européenne des peuples avant les élections afin de redéfinir un projet commun. Lors du discours de la Sorbonne, Macron avait évoqué la possibilité de listes transnationales marquant le début d’une unicité dans les élections des députés européens, mais celle-ci fut rejetée par le Parlement européen le 07/02/2018, à une forte majorité.

Cette tribune était l’occasion pour Macron de corriger certaines erreurs de son discours de la Sorbonne, car dans cette tribune il n’a pas évoqué la zone euro (sujet qui est dépassé par d’autres thématiques plus urgentes et impérieuses) ni la coopération du couple franco-allemand (affaiblissement national de la Chancelière Merkel qui a opéré un repli sur les affaires nationales allemandes et a délaissé la scène européenne).

Le message est de ne pas abandonner l’Europe et Macron s’inspire des idées de Laurent Wauquiez (résident des LR), notamment avec ce besoin de protection des nations afin de construire une Europe des peuples et pas dans le dos des peuples européens, car il veut rassembler large et parler aux peuples d’Europe dans leurs diversités, dont les réalités sont très éloignées (Ex: migration).

Avec le Brexit qui devrait avoir lieu le 29 mars 2019, LREM (la République en Marche) a décidé de lancer sa campagne électorale le 30 mars 2019, mais la situation politique a forcé LREM a lancer sa campagne plus tôt que prévue.

Le chef du mouvement LREM, Emmanuel Macron, rentre en campagne pour les élections européennes, mais son programme, ses propositions dépassent très largement le cadre et le champ de compétence du Parlement européen. Par cela, il montre l’importance de poser clairement le projet Europe sur la table afin d’en discuter et de s’accorder tous ensemble sur un nouveau projet européen.

Avec cette tribune, Macron marque l’anniversaire du premier suffrage universel pour les élections européennes en 1979. Il use de sa casquette de citoyen pour s’adresser aux peuples d’Europe afin de solliciter ses compatriotes et leur rappeler que bien que tout ne soit pas parfait, nous nous devons de nous battre pour notre Europe, particulièrement dans un monde polarisé et où les puissances sont régionalisées. Sans l’Europe nous n’avons pas d’avenir, mais avec cette Europe, l’avenir n’est pas envisageable. Construisons notre Europe maintenant et tous ensemble.

DES SOLUTIONS PRAGMATIQUES

C’est une situation de quitte ou double pour le président Macron, car soit son engagement et ses propositions remportent les élections, soit l’Europe va droit dans le mur.

La souveraineté des peuples européens était omniprésente dans sa tribune et on peut retrouver ce désir de “contrôle de sa propre destinée” dans les trois piliers du projet présenté par Macron et qui sont:

-La protection

-La liberté

-Le progrès

Les propositions du Président français sur ces 3 piliers sont :

-La remise à plat de Schengen

-La création d’une banque européenne du climat (On prendrait les capitaux dormants de la BEI et l’on ajouterait les capitaux inutilisés de la BIRD pour fusionner ces 2 entités. Cela est perçu comme une bonne idée car elle permettrait d’échapper à la technocratie bruxelloise tout en restant dans l’intergouvernementalité).

-La création d’un conseil européen de sécurité intérieure.

Macron cherche des alliés pour dégager une majorité de projet, une majorité de situation, mais nous ne savons pas encore précisément quels seront ces alliés. Il vise surtout le PPE en espérant le casser, afin de l’entrainer du bon côté et cela dans l’espoir de constituer cette majorité ‘introuvable’ pour sauver l’Europe.

Il désire reproduire pour ces élections européennes ce qu’il a fait au niveau national en s’opposant aux partis nationalistes mais pas aux peuples.

A cause de ce jeunisme rampant, en France, nous n’avons pas encore de leader ayant la personnalité, les compétences et l’expérience pour incarner ce qu’à son époque Jacques Delors a incarné pour François Mitterand (le renouveau de l’Europe). Les seules personnes ayant cette stature sont Edouard Philippe et Jean-Yves Le Drian mais ceux-ci se sont désistés pour occuper cette position.

                                                                                       Andy Alexis

Source: https://static.latribune.fr/1119529/tribune-du-president-macron-pour-une-renaissance-europeenne.pdf

Andy Alexis

Je m’appelle Andy, je suis français. J’ai obtenu mes 2 premiers, Master en Droit public spécialisation sur les collectivités territoriales, et Master Droit européen et international. J’ai été en Suède pour faire un Master en Relations internationales puis je suis retourner en France pour faire mon dernier Master en Sciences politiques avec une spécialisation sur les politiques européennes. J’ai commencé mes engagements européens dès 2013 avec un accent sur les élections européennes de 2014 et celles à venir de 2019. Au sein d’EU-LOGOS Athéna, je m’occupe du portefeuille élections européennes

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