Boris Johnson et le Brexit: une atmosphère de plus en plus tendue

Boris Johnson et le Brexit: une atmosphère de plus en plus tendue

En ce qui concerne le Brexit, aucune majorité à Westminster n’a réussi à approuver le texte de l’accord: puisque, à Bruxelles, les partenaires européens ont refusé d’ouvrir à nouveau les négociations, malgré les sollicitations de Theresa May, la seule solution consistait à reporter à nouveau la dernière date pour le retrait. La nouvelle date limite expire le 31 octobre 2019.

Cependant, le Premier ministre Boris Johnson a décidé de suspendre les travaux du Parlement britannique, causant ainsi plusieurs déséquilibres et critiques, particulièrement parmi les partis britanniques.

La suspension de cinq semaines du Parlement britannique, décidée par le Premier ministre britannique Johnson et approuvée par la reine Elizabeth est entrée en vigueur le 24 septembre. Cependant, la Cour suprême de Londres a déclaré cette décision illégitime, invitant les Chambres à reprendre les travaux le plus rapidement possible.

La suspension décidée par Boris Johnson avait immédiatement déclenché de nombreuses manifestations populaires. Cette décision a été considérée comme une injustice pour ceux qui voulaient mettre fin au No Deal, c’est-à-dire à un Brexit sans accord avec l’UE, que Johnson a constamment évoqué comme possibilité durant ces dernières semaines.

La “prorogation” du Parlement britannique s’est révélée être un boomerang pour le Premier ministre: l’opposition a réussi à approuver une loi anti-no-deal[1].

Le speaker de la Chambre des communes, John Bercow, a convoqué les députés pour le 25 septembre, en précisant qu’il s’agissait d’une “reprise” des travaux et non pas d’une “re-convocation”. En outre, il a demandé la démission de Johnson qui, au contraire, n’a aucune intention de le faire[2].

En fait, l’opposition accuse Johnson d’avoir pris la décision de suspendre le Parlement afin de pouvoir négocier plus facilement un nouvel accord avec Bruxelles ou encore, d’obtenir un No Deal. Boris Johnson, cependant, en réponse à ces allégations, a déclaré que sa décision avait été prise afin de mieux préparer ses priorités politiques nationales[3].

Source: Politico

La situation actuelle du Parlement britannique, où il n’y a pas de majorité claire pour toute approche permettant de traiter le problème, a provoqué des discussions très animées dans un strong language, comme reporté par POLITICO[4].

D’abord, Geoffrey Cox – un haut responsable conservateur proche de Boris Johnson – a répondu aux demandes de démission du Premier ministre à la suite du verdict de la Cour suprême déclarant la fermeture du Parlement comme étant illégale. Il a ouvertement affirmé que le Parlement, non seulement n’a pas de propositions alternatives pour le Brexit, mais en plus rejette la décision de ne pas négocier et demande de renvoyer les élections[5]. “Ce Parlement est mort. Il ne devrait plus siéger” –  a-t-il dit – “Ce gouvernement est une honte”, en qualifiant les députés de  “lâches” car ils refusent de voter[6].

Ce langage a déclenché des réactions. En plus, il risque d’aliéner les travaillistes qui pourraient aider à obtenir, à travers un vote du Parlement britannique, un accord avec Bruxelles. 

En Grande-Bretagne, la division est toujours plus exacerbée. D’un côté, le débat actuel favorise la stratégie de dépeindre Johnson comme un champion de ceux qui ont voté pour le Brexit. De l’autre côté, plus les députés sont indignés, plus ce récit va être renforcé[7].

Le président du Parti conservateur, James Cleverly, a déclaré que l’atmosphère tendue au Parlement ne se calmerait qu’une fois le Brexit résolu.

Une autre députée travailliste, Lisa Nandy, a déclaré que l’approche hostile de Downing Street rendait beaucoup plus difficiles les négociations avec les députés de l’opposition qui souhaitent que le Brexit soit livré au gouvernement pour passer un accord. En considérant ses mots, “le plus gros problème est que ce retard ne fera que créer plus de division dans ce pays”[8].

Même la Secrétaire à la culture, Nicky Morgan, qui a présidé le groupe jusqu’à ce qu’elle rejoigne le cabinet de Johnson, a dit “If we can get Brexit done, we can then talk about the issues that the rest of the country want us to talk about[9]« .

En fait, plus le Parlement résout rapidement le Brexit, plus vite il pourra commencer à travailler sur l’agenda national britannique.

Source: EurActiv

Au Parlement, bien que le Premier ministre soit vivement critiqué pour son approche agressive du Brexit, il ne semble pas se détourner de sa stratégie. Il a l’intention de quitter le Royaume-Uni le 31 octobre, bien qu’il ne puisse pas garantir un accord avec Bruxelles[10].

Cependant, Johnson paraît avoir atténué ses positions: il semble avoir un ton plus conciliant. “Well, I think it’s fair enough to call the surrender act what it is” – Johnson a dit – “But we do need to bring people together, and get this thing done”[11].

Les plans du parti du Brexit de Nigel Farage, c’est-à-dire une sortie de l’Union européenne sans un accord formel, pourraient toutefois être déjoués.

Le parti du Brexit note qu’ils n’auront aucun regret tant que Boris Johnson fait tout ce qui est en son pouvoir pour sortir le Royaume-Uni d’ici la fin octobre. Comme a déclaré un ancien député Brexiteer: “If Boris looks like he’s done everything he can, we’ll be OK”[12].

Dans une atmosphère si tendue, il y a aussi des critiques virulentes envers le parti conservateur.

David Gauke, l’un des députés anti-no-deal qui a été récemment expulsé du parti, a averti les conservateurs de faire un choix en regard “à ce que le parti est” dans les prochaines semaines.

Ses mots ont été sévères mais efficaces:

“We don’t sound like the party of Churchill or even Margaret Thatcher who, robust and radical as she was, believed passionately in our institutions, and would never undermine the importance of our Parliament or our legal system” – a dit – “We don’t sound like the party of Major or Cameron or May, instead we sound like the party of Trump — populist, confrontational and divisive”[13].

Conclusion

Ce climat tendu de confrontation autour du Brexit s’est particulièrement accentué depuis que la Cour suprême a révoqué la suspension du Parlement. Les partis ont perdu confiance entre eux et en eux-mêmes.

Certains veulent commencer des enquêtes sur Johnson, d’autres quittent le parti, d’autres continuent à faire confiance aux conservateurs.

En résumé, le Premier ministre doit faire face à des problèmes difficilement solubles, alors que la date fixée du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne arrive à grand pas.

Cristina Di Prima


[1]Antonello Guerrera, “Brexit, la Corte Suprema: “Stop a Parlamento è illegale”. Johnson: « fuori dall’Ue entro il 31 ottobre”, Repubblica, 24 septembre 2019. https://www.repubblica.it/esteri/2019/09/24/news/brexit_stop_parlamento_illegale-236793584/.

[2]Ibid.

[3]“Brexit : la suspension du Parlement est illégale, John Bercow appelle à siéger dès mercredi”, Le monde, 24 septembre 2019. https://www.lemonde.fr/international/live/2019/09/24/brexit-en-direct-boris-johnson-a-t-il-viole-la-loi-en-decidant-de-suspendre-le-parlement_6012805_3210.html.

[4]Emilio Casalicchio, Charlie Cooper “Boris Johnson shows no regret over Brexit language”, POLITICO, 27 septembre 2019. https://www.politico.eu/article/no-regret-over-brexit-language-boris-johnson/.

[5]“Brexit, funzionario Cox: Parlamento morto, codardo chi rinvia voto”, Tgcom24, 25 septembre 2019. https://www.tgcom24.mediaset.it/mondo/brexit-funzionario-cox-parlamento-morto-codardo-chi-rinvia-voto_3233964-201902a.shtml.

[6]Fabien Cazenave, “Ce gouvernement est une honte: échanges électriques au Parlement britannique”, Ouest-France, 25 septembre 2019. https://www.ouest-france.fr/europe/royaume-uni/video-ce-gouvernement-est-une-honte-echanges-electriques-au-parlement-britannique-6536467.

[7]E. Casalicchio, C. Cooper “Boris Johnson shows no regret over Brexit language”, POLITICO, 27 septembre 2019. https://www.politico.eu/article/no-regret-over-brexit-language-boris-johnson/

[8]Ibid.

[9]Emilio Casalicchio, Annabelle Dickson and Charlie Cooper, “Boris Johnson: Tory darling with lots of problems”, POLITICO, 29 septembre 2019. https://www.politico.eu/article/british-prime-minister-boris-johnson-conservative-tory-darling-with-lots-of-problems-no-deal-brexit-courts/.

[10]Ibid .

[11]Ibid.

[12]Ibid.

[13]Ibid.

Cristina Di Prima

J’ai obtenu un diplôme de licence en langues (français et anglais) à l'Université Ca’ Foscari de Venise et un Master en Relations internationales et diplomatiques à l’Université de Siena, dont la deuxième année à Trinity College à Dublin avec le programme Erasmus. J'ai effectué plusieurs stages en Italie (à l'UNICEF et au Consulat général des États-Unis à Florence) et à l’étranger, à Bruxelles et Gdańsk en Pologne. En 2018, j'ai été sélectionnée par le Ministère des Affaires étrangères pour un stage à la Représentation permanente de l'Italie auprès de l'Union européenne. Assignée au bureau des Relations avec le Parlement européen, j'ai eu l'occasion de suivre les activités parlementaires à la fois à Bruxelles et à Strasbourg. Chez EU-Logos, je décrypte l'actualité politique liée aux élections européennes en tant que 'Policy Analyst' dans le portefeuille de #EUelection.

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