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Un nouveau Parlement pour quelle future Commission ?

Du 23 au 26 mai ont eu lieu les élections des députés du Parlement européen dans tous les pays membres de l’Union Européenne. Les dates ont varié d’un pays à l’autre, commençant par le Royaume-Uni et les Pays-Bas le 23 mai, jusqu’au 26 mai pour la plus grande majorité des États membres.

Dès la connaissance des résultats, les négociations ont commencé pour désigner les présidents des institutions européennes et notamment, celui de la Commission européenne.

Dans cet article nous allons décrypter les résultats des élections européennes et leurs potentielles conséquences sur le choix de la présidence de la Commission européenne.

1. Résultats des élections

Le scrutin des élections européennes a confirmé de grandes tendances tout en apportant des résultats imprévus.

L’analyse des résultats est cependant rendue plus complexe avec la présence du Royaume-Uni qui, suite au Brexit, devra libérer ses 73 sièges. Ces derniers seront redistribués, entraînant par là même un changement dans la composition des groupes politiques.

Fin de la majorité PPE-S&D

Le premier point à souligner est la fin de la majorité des conservateurs-socialistes, puisqu’ils n’obtiennent pas ensemble la majorité absolue de 376 sièges[1]. En effet, le Parti Populaire Européen (PPE) n’a obtenu que 179 sièges, et les Sociaux-Démocrates (S&D), 153. Toutefois, cela avait été anticipé. De même, bien que restant incontournables, les conservateurs et socialistes devront s’associer avec d’autres groupes politiques au sein du Parlement européen.

Participation

Mis à part cette projection s’étant avérée juste, ce scrutin a également connu nombre de surprises.

Tout d’abord, bien que restant à un niveau pouvant être qualifié de bas, la participation a atteint 50,2% dans l’Union Européenne[2], soit 8 points de plus qu’en 2014.

Au lieu d’illustrer un repli sur soi, ces élections marquent un « sursaut du sentiment européen »[3] suite aux différentes crises internes que l’Europe a récemment connu (Zone euro, Brexit, migration, etc.).

En moyenne, un électeur sur deux s’est déplacé pour voter, même si l’abstention reste encore élevée et bien au dessus du niveau général lors des scrutins nationaux[4].

Cette mobilisation des électeurs donne dans un sens de la légitimité démocratique européenne. Cela démontre une certaine « européanisations »[5] de la vie politique ainsi qu’une concordance des enjeux nationaux et européens.

Cette légitimation peut cependant être questionnée de part les taux de votes élevés pour les partis eurosceptiques (ex : le parti du Brexit de Nigel Farage).

Source : Résultats provisoires de la participation par pays, Parlement européen

Le centre comme nouveau groupe charnière

Un autre bouleversement relevable concerne la nouvelle configuration du Parlement avec le groupe libéral (ALDE) qui devient un groupe charnière. En effet, les partis centristes ont obtenu plus d’élus qu’attendu (105)[6] notamment grâce au bon score de la République En Marche en France.

Les groupes politiques au sein du Parlement européen ne sont cependant pas encore constitués. Ils ne le seront que mi-juin.

Poussée populiste contenue

Contrairement à ce qui avait été annoncé, la poussée populiste s’est vue stoppée. Malgré des scores impressionnants (en Italie, en France, au Royaume-Uni), le nombre de députés eurosceptiques et europhobes passe de 151 en 2014 à 171.

Les partis d’extrême droite ont obtenu un nombre important de sièges au Parlement, mais leur progression n’est toutefois pas uniforme dans l’Union[7]. Dans plusieurs pays, la progression de l’extrême droite est notable. C’est le cas en Italie (34,27%), en Belgique (11,45%) ou encore en Espagne (6,2%)[8].

Mais dans plusieurs autres pays, les résultats des partis d’extrême droite évoluent de manière moins spectaculaire : par exemple en Allemagne (11% contre 7,1% en 2014) et en France (de 24,86% en 2014 à 23,31%)[9].

Les scores obtenus par les partis de l’eurogroupe Europe des nations et des libertés (ENL) sont certes en forte hausse en Italie, mais en baisse dans nombre de pays (ex : Autriche, Pays-Bas).

La droite radicale pourrait même se voir régresser avec le départ des députés britanniques.

Percée écologiste

Un dernier étonnement : la percée des écologistes. Le groupe des Verts passe de 52 à 69 députés[10]. Cette poussée concerne surtout l’Ouest de l’Europe (ex : Allemagne, Irlande, Belgique, France). La représentation des Verts au Parlement a augmenté de 40%[11]. L’écologie s’est ainsi imposée comme élément structurant de la campagne des élections européennes[12].

L’impératif de la lutte contre le changement climatique a dépassé les clivages politiques. Toutes les grandes listes, notamment en France, en Allemagne et même au Royaume-Uni, ont dû tenir compte de cette préoccupation et « verdir » leur programme[13]. Une partie importante de l’électorat est désormais prête à pour un autre modèle socio-économique, au delà des partis traditionnels.

Source : Résultats provisoires de la nouvelle distribution des sièges, Parlement européen

2. Présidence de la Commission européenne

Fonctionnement du système de nomination

Le choix du Président de la Commission européenne se fait par le Conseil qui propose une candidature basée sur les élections et qui ensuite est soumise au vote des nouveaux députés. Après Jean-Claude Juncker, le prochain Président devrait-être élu via le système de Spitzenkandidat (« tête de liste » en allemand) institué par le Traité de Lisbonne et opérationnel pour la première fois en 2014.

Ce système de nomination du président de la Commission européenne montre cependant des limites. Pour démocratiser l’Union Européenne, le principe selon lequel le parti étant majoritaire aux élections voyait sa tête de liste désignée à la présidence de la Commission. Mais cette fois-ci la procédure risque d’être plus compliquée.

Les candidats à la présidence ne sont pas nécessairement des chefs de parti et sont nommés avant les élections européennes. Le candidat choisi par le Conseil suite aux élections ne sera pas automatiquement celui dont le parti aura gagné le plus de sièges. En effet, cette candidature est le résultat de coalitions et d’alliances au sein du nouveau Parlement européen.

Les revendications du PPE et leurs remises en question

Or, avec son arrivée en tête des européennes, le PPE a immédiatement revendiqué la présidence de la Commission pour sa tête de liste Manfred Weber.

Mais, avec sa perte de pouvoir, le PPE voit sa cohésion menacée, notamment avec le cas « Orban ». De plus, au moins onze Etats (dont la France) s’opposent à Manfred Weber. Seule l’Allemagne le soutient.[14]

Plusieurs candidats sont déjà identifiés et comptent parmi les favoris : Manfred Weber (PPE), Frans Timmermans (S&D), Margrethe Vestager (ALDE) et Michel Barnier (PPE).

La chancelière allemande Angela Merkel et les conservateurs du PPE soutiennent Manfred Weber à la fois, car le PPE est arrivé en tête des élections européennes et que le Spitzenkandidat appartient à la même famille politique qu’Angela Merkel[15].

De leur côté, les centristes et le parti de La République en Marche du président français Emmanuel Macron espèrent imposer un candidat alternatif : la Danoise Margrethe Vestager de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE) ou encore Michel Barnier (PPE) – bien que ce dernier ne faisant pas parti du système des Spitzenkandidaten.

Le candidat à la présidence sera désigné fin juin, suite à une position commune. Les chefs d’États et de gouvernements devraient donc arriver à un accord sur une nomination pour le Conseil entre le 20 et le 21 juin.

Nominations à venir

Le calendrier européen ne s’est pas arrêté le 26 mai. En effet, d’autres renouvellements des dirigeants européens auront lieu lors de l’année 2019. Après la Commission – avec une prise de fonction effective le 1er novembre, de nouveaux présidents prendront la tête des institutions européennes.


Source : Prédictions des nouveaux dirigeants des institutions européennes, VoteWatch Europe

Le nouveau président du Parlement sera désigné entre les 2 et 4 juillet. La Finlande sera le nouvel Etat membre à la tête du Conseil de l’UE (du 1er juillet au 31 décembre), succédant à la présidence tournante de la Roumanie. Il y aura également du nouveau à la Banque Centrale Européenne (un nouveau président le 1er novembre) et à la Cour des comptes (un nouveau président le 1er octobre). Pour finir, le 1er décembre, Donald Tusk cèdera sa place de président du Conseil européen[16].

Ce sera autant de nouveaux dirigeants qui composeront le nouveau visage de l’Union Européenne.

Laurie Crayssac


[1] QUATREMER, Jean, « Les six leçons des européennes, cuvée 2019 », Libération, consulté le 03 Mai 2019 https://www.liberation.fr/planete/2019/05/27/les-six-lecons-des-europeennes-cuvee-2019_1729819

[2] Ibid.

[3] RICARD, Philippe, « Elections européennes 2019 : après les crises à répétition, un sursaut du sentiment européen », Le Monde, consulté le 04 Mai 2019 https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/28/elections-2019-apres-les-crises-a-repetition-un-sursaut-du-sentiment-europeen_5468497_3210.html

[4] Ibid.

[5] QUATREMER, Jean, « Les six leçons des européennes, cuvée 2019 », Libération, consulté le 03 Mai 2019 https://www.liberation.fr/planete/2019/05/27/les-six-lecons-des-europeennes-cuvee-2019_1729819

[6] Ibid.

[7] SANCHEZ, Léa, « Elections européennes 2019 : une percée contrastée de l’extrême droite », Le Monde, consulté le 04 Mai 2019 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/05/27/elections-europeennes-une-percee-de-l-extreme-droite-a-nuancer_5468160_4355770.html

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] QUATREMER, Jean, « Les six leçons des européennes, cuvée 2019 », Libération, consulté le 03 Mai 2019 https://www.liberation.fr/planete/2019/05/27/les-six-lecons-des-europeennes-cuvee-2019_1729819

[11] « Elections européennes : vague verte sur l’Europe », Le Monde, consulté le 04 Mai 2019 https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/28/elections-europeennes-vague-verte-sur-l-europe_5468494_3232.html

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] GUITTON, Marie, « Nouveau président de la Commission : les chefs d’Etat et de gouvernement prennent position », Toute l’Europe, consulté le 04 Mai 2019 https://www.touteleurope.eu/actualite/nouveau-president-de-la-commission-les-chefs-d-etat-et-de-gouvernement-prennent-position.html

[16] GUITTON, Marie, « Après les élections européennes, la valse des postes clés dans l’UE », Toute l’Europe, consulté le 04 Mai 2019 https://www.touteleurope.eu/actualite/apres-les-elections-europeennes-la-valse-des-postes-cles-dans-l-ue.html

Léon De Tombeur

Diplômé en Histoire à la Sorbonne et en Relations Internationales à Lyon III, je me suis notamment intéressé à la politique internationale de l’Union européenne. Animé par un désir de contribuer à l’Europe afin de la rendre plus sociale et respectueuse de l’environnement, je me suis rendu à Bruxelles afin de travailler de concert avec les institutions européennes. Ma spécialisation tend davantage vers le domaine de la défense et de la sécurité, j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sur le futur de la défense anti-missile du continent européen. C’est pourquoi j’ai choisi le portefeuille de la coopération judiciaire et policière.

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